Éducation

Au lycée, le système des spécialités ou l’illusion du choix

Sociologue

La réforme du lycée général de 2018 a remplacé les séries S, ES et L par une spécialisation. Or la discipline, elle-même trieuse territoriale, sociale et genrée, entérine les inégalités dès le lycée et les retranscrit dans le supérieur. Voulait-on vraiment donner plus de choix ? On en doute. C’est en tout cas ce sentiment d’impuissance qu’expriment les jeunes dans la rue.

Depuis fin septembre les mobilisations lycéennes en France se sont intensifiées et étendues à l’ensemble du territoire. Il aura fallu peu de temps pour que les étudiants, puis l’ensemble des syndicats rejoignent le mouvement. Partie des lycées de banlieues franciliennes, la vague des blocus a touché plus de 580 établissements en quelques semaines.

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Les premières revendications de ces jeunes sont claires : il manque du personnel, aussi bien enseignant qu’auxiliaire, les bâtiments sont insalubres et ne permettent pas de travailler dans de bonnes conditions, enfin les emplois du temps sont saturés. Dans l’ensemble c’est le manque de moyens de l’Éducation nationale qui est pointée du doigt et l’inégale répartition de ces moyens entre les établissements, en particulier au détriment des banlieues.

Mais de plus en plus, c’est aussi l’incertitude de l’avenir qui est mise en avant par les lycéens. Certains évoquent un sentiment de frustration et d’impuissance vis-à-vis de leurs propres perspectives d’études et c’est notamment la plateforme Parcoursup et son fonctionnement algorithmique qui sont mis en cause. Les effets de cette plateforme ont été mis en lumière dans de nombreux travaux scientifiques qui montrent qu’elle a accentué la concurrence entre établissements, ce qui a résulté en de fortes inégalités territoriales et augmenté la sélectivité dans les formations en tension, mais également qu’elle est à l’origine d’angoisse et de stress très importants chez les lycéens.

Mais ici, je m’intéresse à une autre mesure récente qui a également joué un rôle important dans le déterminisme de l’orientation post-bac : il s’agit du système des spécialités.

La réforme du baccalauréat général a été mise en place en 2018 par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Parmi les mesures de cette réforme, la transformation la plus importante concerne le système des parcours disciplinaires au lycée. Le système des séries, qui était en place depuis près de 30 ans,


[1] Agnès Van Zanten, Choisir son école : Stratégies familiales et médiations locales, Presses Universitaires de France, 2009.

[2] Joannie Cayouette-Remblière, L’école qui classe : 530 élèves du primaire au bac, Presses Universitaires de France, 2016.

[3] Raymond Boudon, L’inégalité des chances, Paris, Armand Colin, 1973.

[4] Calliste  Dorléans, « Publics lycéens et étudiants depuis la réforme du baccalauréat : reconfiguration des ségrégations sociale et disciplinaire » dans (Dé)chiffrer les conditions de vie étudiantes, La Documentation française, 2025, p. 19-31.

[5] Calliste Dorléans, La réforme du baccalauréat général : du lycée à l’enseignement supérieur, Mémoire de Master, EHESS – ENS-PSL, 2025.

Calliste Dorléans

Sociologue, doctorante à l’Université Bourgogne-Europe à l’IREDU et à l’Université Paris-Dauphine à l’IRISSO.

Mots-clés

Inégalités

Notes

[1] Agnès Van Zanten, Choisir son école : Stratégies familiales et médiations locales, Presses Universitaires de France, 2009.

[2] Joannie Cayouette-Remblière, L’école qui classe : 530 élèves du primaire au bac, Presses Universitaires de France, 2016.

[3] Raymond Boudon, L’inégalité des chances, Paris, Armand Colin, 1973.

[4] Calliste  Dorléans, « Publics lycéens et étudiants depuis la réforme du baccalauréat : reconfiguration des ségrégations sociale et disciplinaire » dans (Dé)chiffrer les conditions de vie étudiantes, La Documentation française, 2025, p. 19-31.

[5] Calliste Dorléans, La réforme du baccalauréat général : du lycée à l’enseignement supérieur, Mémoire de Master, EHESS – ENS-PSL, 2025.