C Critique

Littérature

De la finitude et du mal – sur « Les enténébrés» de Sarah Chiche

écrivaine

Avec Les enténébrés, Sarah Chiche se hisse bien au-dessus de ce qu’on appelle hâtivement autofiction, elle en prend même le contrepied : cet impressionnant livre de courage n’est pas une entreprise de consolation, ou de recomposition de soi. Mais bien l’inverse. Car « c’est impossible d’être à la hauteur de la fiction qu’on a de soi-même.»

Le livre de Sarah Chiche refermé sur le nom de « roses », on déborde. On demeure interdit, à la fois plein et stupéfait, tant la quantité de plaies qu’il entrelace est extraordinairement étouffante. Citons pêle-mêle le réchauffement climatique et l’épuisement de la planète avec leurs effets, l’air vicié, l’embrasement de la terre et du ciel, le débordement des eaux. La disparition de certaines espèces et l’acheminement des autres vers leur anéantissement, parmi lesquelles l’homme en personne, qui commence à percevoir sa propre fin (« L’extinction de l’humanité dans un horizon historique est une certitude », ce qui produit une étrange épidémie de suicides chez les scientifiques travaillant la question). Les guerres et les déplacements contraints de populations. La misère, le désespoir et les maladies des réfugiés, maltraités et abandonnés par les citoyens des pays ...

Emmanuelle Lambert

écrivaine, commissaire d'exposition indépendante