Art Contemporain

Réécrire l’image photographique – à propos de Jardin d’hiver, l’exposition de Jochen Lempert

Critique

Alors que nous vivons une époque inondée d’images photographiques, la force du Jardin d’hiver de Jochen Lempert, exposé au Crédac jusqu’au 29 mars 2020, est précisément de célébrer les petites choses de la nature par ce qu’elles ont d’invisible. Le travail du photographe allemand, présenté en une série de tirages à l’irrégularité vaporeuse proche de celle du dessin, constitue ainsi un véritable jardin où fleurissent les images.

Au prime abord du Jardin d’hiver, l’œuvre de Jochen Lempert renvoie étrangement aux formes de médiatisation de masse que connaît aujourd’hui la photographie. Plus que tout autre, ce medium largement démocratisé suscite des quantités industrielles d’images, diffusées dans le quotidien et dans nos espaces virtuels. Il est propre à l’époque d’être particulièrement inondée de ces photographies à la portée de la production et de la consommation de tous, dans laquelle la singularité d’une seule, d’une œuvre ou d’un artiste, peine souvent à trouver sa visibilité et en donner ses propres conditions.

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À cet égard, les tirages exposés au Crédac rejoignent ces flux thématiques que sont les hashtags, comme le « #flowerstagram » sur Instagram, dont un vaste pan associe les techniques de captation d’images à une forme de mise en évidence et de célébration de la nature. Cette attention portée à l’imposant paysage comme à l’infiniment petit détail d’insecte saisi par un objectif macro révèle une certaine conception de la photographie contemporaine.

Émanciper la photographie de son lien privilégié avec la nature

Donnée comme le lieu privilégié de l’observation de notre environnement pour ses qualités techniques de restitution, la photographie se voit attribuer le rôle documentaire de faire sortir la variété des dimensions du monde de l’invisible au regard, par ses jeux de zooms, de changement d’échelle. Elle est ainsi investie dans ses paramètres de rendu, afin de souligner les couleurs, traduire l’imperceptible, produire des images arrêtées du flux perpétuel de la terre, et peut-être par tous ces aspects de rétablir un lien historiquement ou mythiquement perdu de l’homme avec la nature.

Mettre le travail de l’artiste en regard avec une telle conception de la photographie, implicitement à l’œuvre dans nos pratiques courantes des images, permet en réalité de mieux saisir en quoi son geste s’en dégage.

Certes, le photographe allemand donne à voir l’invisible du quotidien et


Rose Vidal

Critique