Art contemporain

Plasticité et résistances des mondes de l’art – sur Sarah Sze à la Fondation Cartier

Critique

L’artiste américaine Sarah Sze investit une Fondation Cartier dépouillée de son mobilier, réduite à l’état d’une cage thoracique. Deux œuvres monumentales y sont installées, en pendant à la projection des œuvres du cinéaste Artavazd Péléchian. Lumineuses, sonores et en mouvement, Bruno Latour les désigne comme un « multiple scintillement de mondes insérés dans des mondes ».

Par son architecture peut-être, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a habitué son public à une esthétique de résonnances. Sous le ciel, au milieu d’un jardin qu’il reflète autant qu’il le laisse voir dans la transparence de ses façades de verre, l’édifice conçu par Jean Nouvel confond sa structure et son environnement.

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Le lieu d’exposition est un lieu d’exposition au regard comme au dehors, pour ne pas dire dès à présent au monde. C’est un lieu de dialogue non forcé mais inévitable avec les ombres des arbres, les caprices de la lumière extérieure : le jeu des ombres et des matières, le jeu des mouvements du dehors et de ceux du construit, dont il faut il ne faut pas présumer l’immobilité. De fait, c’est de ce que celle-ci admet de changeant et d’imprévisible que s’empare Sarah Sze, lorsqu’elle joue avec les parois de verres et leurs effets de transparence en les habitant par ses propres installations et projections, en prenant à cœur de répondre au projet de Jean Nouvel d’inscrire l’édifice dans la réflexion de son milieu singulier.

C’est d’une double inscription dans le lieu que fait ainsi état l’exposition de Sarah Sze, présentée à la Fondation Cartier jusqu’au 30 mai 2021, permettant de (re)découvrir ensemble le travail de l’artiste américaine et celui de l’architecte français. Si la conversation entre Sarah Sze et Jean Nouvel, telle qu’en fera état le catalogue d’exposition, a précédé le montage de l’œuvre dans l’architecture de la Fondation, le dialogue de leurs deux pratiques est lui toujours à l’œuvre, et renouvelé sous nos yeux tout le temps de l’exposition.

Étrangement, avant même que l’œil ne saisisse l’une des deux œuvres de la série Timekeeper, conçues par Sarah Sze spécialement pour les espaces de Jean Nouvel, la première impression frappante est celle du vide. De l’intérieur, le bâtiment semble ramené à la sobre expression de sa structure, de quasi-carcasse puisque l’allure générale de ce hall si spacieux et ainsi dépouillé de mobili


Rose Vidal

Critique