Photographie

Dénominateurs communs – à propos de « Civilization, quelle époque ! »

Journaliste et critique

Après Séoul en 2018, Pékin en 2019 et Auckland en 2020, l’exposition « Civilization, quelle époque ! » accoste enfin sur les rives méditerranéennes. Sa tournée illustre déjà son propos : nous vivons dans une civilisation planétaire, partageant des expériences et des modes de vie communs à l’échelle des différents continents. Sans aspirer à l’exhaustivité, la centaine de photographies réunies cherchent à cerner notre époque : quelle(s) image(s) avons-nous de nous-mêmes ? S’il fallait garder trace de notre temps, que montrerions-nous ?

Comment comprendre cette tendance à l’exclamation qui semble clôturer sur une note allegro de plus en plus de titres d’expositions, et plus généralement de festivals ou autres manifestations culturelles (« Mouvements ! » à l’Institut Suédois, « Extra ! » au Centre Pompidou, « Chefs d’œuvre ! » au musée Picasso, etc.) ? Que pourrait signifier cette tendance curatoriale à l’exclamation : enthousiasme que l’on espère contagieux (méthode Coué), recette marketing ou simple gimmick ? Dans le cas de « Civilization, quelle époque ! », qui se tient jusqu’à la fin du mois de juin au MuCEM, on hésite : titre ambitieux et racoleur, cri fasciné ou saillie satyrique, l’expression a le mérite d’annoncer une ambiguïté que l’exposition maintiendra dans le point de vue déployé.

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Cerner « notre » civilisation – celle du début du XXIe siècle – en une centaine de photos réalisées par une trentaine de photographes internationaux peut sembler démesuré. L’exhaustivité étant impossible, les commissaires se sont plutôt attachés à cartographier les traits les plus caractéristiques de notre époque, assumant le caractère partiel et partial, parfois même cliché, de leur sélection.

Car s’il fallait garder trace et mémoire de notre temps, que montrerions-nous ? Logement, travail, loisirs, transports, éducation, arts, sciences, techniques… l’exposition échantillonne, parcourt, survole et, sans nier les différences culturelles, elle les subsume sous une unique « civilization ». Cette dernière, héritière de la révolution industrielle, serait-elle le rejeton de la soi-disant « fin de l’histoire », issue de la victoire de l’idéologie néolibérale ? Songeons à cette enseigne de Starbucks illuminant un fastueux décor de mosquée persane, dans un centre commercial à Dubaï, capturée par Nick Hannes. Du pain et des jeux – et l’art du syncrétisme par le capitalisme.

Sans s’encombrer d’un appareil conceptuel trop lourd, ni même discuter en son sein des théories comme celle du « choc des civilisations 


 

Ysé Sorel

Journaliste et critique

Notes