Plantes vivaces – sur Sicario bébé de Fanny Taillandier
Le cinquième roman de Fanny Taillandier (ou quatrième selon comment on range Les États et empires du Lotissement Grand Siècle, paru aux PUF en 2016) est simple. Et beau, bien sûr. C’est un véritable tourne-page. Si l’on avait révisé notre narratologie de base, on aurait deviné la fin, Todorov dans une main et Propp dans l’autre, mais étant nul en fiction, on s’est laissé mener en barque (une Peugeot 308 en l’occurrence) jusqu’au bout de l’aurore.

Sicario bébé est un roman de rap et de Bildung. Donc de genre(s). Et a priori hors du cycle de « l’Empire » auquel appartient une partie de l’œuvre de Taillandier[1]. Il est ainsi d’une écriture très différente, mêlant un peu de Bob, pas mal du lexique des chansons de SCH ainsi que le passé simple (voire un ou deux imparfaits du subjonctif) sans accrocs : « J’avais pas spécialement la dalle dans la mesure où je n’avais pas fumé deux persos chargés comme des poneys dans les deux heures précédentes, ni fait cinquante tractions d’affilée ; néanmoins je descendis avec lui à la cuisine du pavillon de ses parents. »
Il y a deux narrateur·ices. Blaise, qui se décrit comme « subsaharien » par dérision et, en alternance, sa petite amie Djen qui vit avec sa mère et, apprend-on au passage, a un peu d’embonpoint. Le meilleur ami de Blaise s’appelle Bobby : c’est un blond à casquette pavillonnaire option muscu, du genre « à rouler un énorme zder même s’il est sept heures du matin ». Tous trois ont dix-sept ans et vivent dans la ville de « V. » En réalité pas tout à fait, car Blaise n’a « pas vraiment de maison » ni de parents : il prépare un CAP d’électricien et « crèche chez les cousins » ou chez Djen. Celle-ci est en bac pro « accompagnement et services à la personne », en plus de lire Adonis, René Char et Cesare Pavese.
Il s’agit donc de faire parler et vivre des « prolétaires », terme que Blaise a appris de son ex-prof d’histoire apparemment marxiste, des relégué·es qui se nourrissent de Capri-Sun, de Coca et de pizzas : «
