L’heure des hantises ou la parabole – sur Minuit à bord de Laura Alcoba
Seuls de grands livres parviennent à produire un effet de ce type : voilà qu’en son dernier tiers, la lecture de Minuit à bord est littéralement illuminée du dedans par un phénomène propre au texte qui le sécrète.

Apparaît comme en filigrane une somptueuse image surgie du et dans le tapis des mots et qui excède notre capacité à l’identifier formellement, pour reprendre le thème du « motif compliqué comme dans un tapis persan » de la célèbre nouvelle d’Henry James sur le rapport entre critique et création, Le Motif dans le tapis [1].
Un motif complexe et cependant évident qui s’est donc tramé dès les premières pages enchâssant les époques, les lieux et les situations dans une manière singulière et très simple d’apparence mais dont la part de mystère inviterait presque in fine à désosser l’ouvrage pour comprendre « comment diable ça marche, cette histoire », et qu’elle puisse produire in fine un effet aussi sensible. Précisons que, fantomatique, à l’image de tout le matériau de ce livre, ce motif demeure d’ordre symbolique. Disons simplement que, s’il était aisé de le traduire en langage courant, ou en langage critique, il n’aurait pas été nécessaire de s’échiner à tramer tout un livre pour le voir surgir, insaisissable et pourtant si saisissant, aux yeux du lecteur bien entendu, mais également de l’autrice elle-même, au moins pour une part – ce que l’on suppose avec d’autant plus d’assurance que Minuit à bord lui-même évoque un effet de surprise aux dernières pages venant expliciter et le livre et la nécessité du geste qui y a présidé ici et maintenant, dans notre monde contemporain en proie aux spasmes.
Il n’est sans doute pas anodin que la période d’écriture, très présente par le récit des conditions particulières dans lesquelles il s’est commencé, à l’occasion d’une résidence d’écriture en solitaire dans un étrange vaisseau fantôme en béton dominant la Méditerranée et qui fut un hôtel de luxe érigé dans les années 30 à la frontière espagnole (on y revien
