Littérature

L’heure de la décréation – sur Le Livre des souterrains de Phoebe Hadjimarkos Clarke

Critique

Après Aliène (prix du Livre Inter 2024), l’écrivaine franco-américaine donne un récit à triple fond qui mêle conte, journal, manuscrit trouvé, fantômes et ménopause. Une artiste y décide d’arrêter de produire. Car lorsque le corps, le climat, les discours et la vie tout entière se dérèglent dans un régime de contrôle, par quel underground peut-on passer et pour faire quoi ?

Le titre sonne familier… Oui, bien sûr… Mémoires écrits dans un souterrain de Dostoïevski, aujourd’hui couramment traduit par Carnets du sous-sol. L’écrivaine le cite d’ailleurs : « Mais / C’est par méchanceté que je ne me soigne pas. Peut-être. » Marie Marzouk, l’héroïne du Livre des souterrains (publié, donc, aux Éditions du Sous-sol), artiste performeuse de 50 ans, n’est pas méchante, contrairement à la voix monologante du Russe, mais elle souscrirait peut-être volontiers à son crédo : « que m’importent les lois de la nature et de l’arithmétique ? »

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Le récit est également composé de deux histoires, enchâssées l’une dans l’autre et il y a une disparition à la fin (Lisa chez l’un, la protagoniste chez l’autre). Mais la comparaison s’arrête à peu près là.

Il y a quelques autres clins d’œil au fil du récit, dûment répertoriés en fin de volume : Grimm, Marx et Engels, Silvia Federici (Une guerre mondiale contre les femmes, La fabrique, 2021), Deleuze et Guattari, Le Voleur de Georges Darien (1897), Karen Blixen, Chris Kraus (Aliens and Anorexia, 2000)… Et puis bien sûr, la forme elle-même du titre « le livre de… » qui évoque traditionnellement la somme, le texte religieux ou ésotérique, texte d’autorité à registre solennel, oraculaire ou, plus récemment, l’énumération ou le recueil hétérogène. Parfait pour le souterrain, lieu clos et à la fois infiniment ouvert sur la nuit.

Comment disparaître ? La question est posée dès l’abord. Et c’est vrai que, face à la promesse du fascisme partout et de l’impossibilité d’atteindre la neutralité carbone, on se dit qu’après le Où atterrir ? de Bruno Latour (La Découverte, 2017), il serait urgent d’écrire un Où s’enterrer ? pour quand on cramera en même temps que les bêtes, les plantes et le reste de la vie sur Terre. Il y a canicule permanente dans Le Livre des souterrains (on est en 2030) et la Hongrie d’Orbán, avec ses défilés de néonazis en uniformes SS, est devenue le modèle politique commun. La frontière entre l’All


[1] Notons que l’autrice a traduit Megan Rosenbloom, Des livres reliés en peau humaine. Enquête sur la bibliopégie anthropodermique (B42, 2022).

Éric Loret

Critique, Journaliste

Rayonnages

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Notes

[1] Notons que l’autrice a traduit Megan Rosenbloom, Des livres reliés en peau humaine. Enquête sur la bibliopégie anthropodermique (B42, 2022).