E Entretien

Anthropologie

Michael Taussig : « Il faut vivre ce dont on parle »

Journaliste

L’anthropologue australien Michaël Taussig publie Mon Musée de la Cocaïne (éditions B42), son premier essai traduit en Français. L’occasion de revenir avec lui sur près de 50 ans de recherches menées en Colombie, sur la méthodologie qu’il a baptisée « fictocritique », et de réfléchir aux évolutions de l’anthropologie sous l’influence du mouvement anticolonial.

Sur le campus de l’université de Columbia à New York où il enseigne l’anthropologie, Michael Taussig est une rock star. D’abord parce que ce spécialiste du chamanisme a participé à des dizaines de rituels sous yage, un puissant hallucinogène, ensuite parce qu’il est réputé pour ses cours qui s’apparentent à des performances. Il aurait un jour donné une conférence avec un sac en papier sur la tête en hommage au mouvement dadaïste. L’unanimité est moins évidente du côté des enseignants, il faut dire que Taussig est un critique assez radical de sa propre discipline. Lorsque l’anthropologie a traversé une crise de représentation dans les années 80, il a fait le choix de prendre un tournant littéraire qui n’a pas été du goût de tous. Dans Mon musée de la cocaïne, il consacre des chapitres à la couleur, la chaleur, la pluie, les mines, un chien qui grogne, les pierres… et propose par cette démarche sensorielle de renouveler l’approche post-coloniale. RB

Raphaël Bourgois

Journaliste, Rédacteur en Chef d'AOC