Cinéma

Ryusuke Hamaguchi : « Ce sont toujours les acteurs qui commandent la mise en scène »

Journaliste

Riche et novatrice, l’œuvre du réalisateur de Drive My Car, tout juste récompensé de l’Oscar du meilleur film international, rencontre un grand succès public et critique. Alors que sort en salle le 6 avril ses Contes du hasard et autres fantaisies, le prolifique Ryusuke Hamaguchi revient sur sa méthode, ses influences, et sa philosophie du lâcher-prise – confiance dans l’interprète, place à l’aléa, inclination pour les petits budgets.

Ce serait l’histoire d’une ascension apparemment fulgurante et en réalité construite pas à pas. C’est, assurément, l’accomplissement d’un événement de première magnitude dans le cinéma contemporain – et peut-être même de plusieurs événements, autour de cet homme de 43 ans, modeste et curieux de tout, le réalisateur Ryusuke Hamaguchi.

Le premier signal, immense mais qui pouvait paraître isolé, s’intitulait Senses, présenté et primé au Festival de Locarno en 2015, sorti dans les salles françaises en 2018 : en cinq parties et 5 heures 17, le récit intime, attentif et singulier des relations entre quatre femmes approchant la quarantaine, amies aux situations différentes même si appartenant toutes à la classe moyenne japonaise. Un film de cinéma, ô combien, et pas une série télé contrairement à ce qui a pu être dit à cette occasion, mais un film de cinéma de l’époque du règne des séries, et dont les choix audacieux de mise en scène étaient aussi une réflexion sur ce format et ce mode de diffusion.

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À ce moment, Hamaguchi était déjà l’auteur d’une dizaine de réalisations, inédites hors du Japon. Mais, alors que Senses sort dans les salles françaises, son film suivant, Asako 1&2 était présenté au Festival de Cannes, et commençait à stabiliser l’importance de son œuvre, incitant à découvrir certains de ses précédents films, notamment le remarquable Passions (2008), qui sera distribué en 2019. Il semblait que la pandémie pouvait briser cet épanouissement, elle aura l’effet inverse, entrainant une concentration des puissances de proposition du cinéaste, et une reconnaissance croissante de son œuvre : en février 2021, Contes du hasard et autres fantaisies est sélectionné et primé au Festival de Berlin, en juillet Drive my Car est sélectionné et primé au Festival de Cannes, puis rencontre un succès aussi considérable qu’inattendu pour un film japonais (qui n’est ni un film d’action, ni un film d’horreur, ni un film d’animation) dans toute l’Europe et aux États-Unis, où


[1] Le film vient d’être édité en DVD et Blu-ray, accompagné d’un livret riche en documents et informations.

[2] Éric Rohmer a écrit sous forme littéraire les textes qui serviront de point de départ aux six films qu’il réalise entre 1962 et 1972, La Carrière de Suzanne, La Boulangère de Monceau, La Collectionneuse, Ma nuit chez Maud, Le Genou de Claire et L’Amour l’après-midi. Ces textes ont ensuite été édités. Rohmer a plus tard repris ce procédé, de manière moins systématique, avec d’autres ensembles, « Comédies et proverbes » (1981-1987) et « Contes des quatre saisons » (1990-1998).

[3] NDLR : notamment du fait de la présence d’une vedette du grand écran japonais, l’acteur Higashide Masahiro.

[4] Fusako Urabe, Aoba Kawai, Kiyohiko Shibukawa. Tous les trois jouaient dans Passion.

[5] Aoyama est décédé peu après cet entretien, le 21 mars 2022.

Jean-Michel Frodon

Journaliste, Critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po

Rayonnages

CultureCinéma

Notes

[1] Le film vient d’être édité en DVD et Blu-ray, accompagné d’un livret riche en documents et informations.

[2] Éric Rohmer a écrit sous forme littéraire les textes qui serviront de point de départ aux six films qu’il réalise entre 1962 et 1972, La Carrière de Suzanne, La Boulangère de Monceau, La Collectionneuse, Ma nuit chez Maud, Le Genou de Claire et L’Amour l’après-midi. Ces textes ont ensuite été édités. Rohmer a plus tard repris ce procédé, de manière moins systématique, avec d’autres ensembles, « Comédies et proverbes » (1981-1987) et « Contes des quatre saisons » (1990-1998).

[3] NDLR : notamment du fait de la présence d’une vedette du grand écran japonais, l’acteur Higashide Masahiro.

[4] Fusako Urabe, Aoba Kawai, Kiyohiko Shibukawa. Tous les trois jouaient dans Passion.

[5] Aoyama est décédé peu après cet entretien, le 21 mars 2022.