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Histoire

Le temps des cathédrales et le rythme des réseaux sociaux

Historien

L’embrasement de Notre-Dame a suscité un élan d’émotion et de générosité international à la vélocité exacerbée par les réseaux sociaux. Mais à l’immédiateté des injonctions qu’il a généré doit désormais succéder le temps long de la restauration, rythmé par les progrès du travail des historiens, architectes, ingénieurs, historiens de l’art et autres spécialistes, et motivé par la volonté d’assurer une reconstruction qui permettra de préserver la polysémie unique de l’édifice.

Mon premier souvenir de Notre-Dame remonte à l’enfance, sous la forme d’un puzzle de mille pièces représentant la façade ouest de la cathédrale, prise sans doute dans les années 1970 au vu des véhicules circulant sur les quais et des habits des badauds. Il y eut ensuite la découverte de la cathédrale elle-même, l’admiration devant ses beffrois et son chevet, le plaisir de laisser le regard errer sur le kaléidoscope de couleurs des grandes roses, le temps passé à déambuler dans les nefs latérales en découvrant un tableau jusque-là ignoré, l’agréable flânerie sur le parvis un soir d’été. Émotions personnelles, banales, presque convenues, mais aussi reflet des innombrables expériences vécues autour de la cathédrale par tant de personnes qui se croisent sous le regard de Notre-Dame et se reconnaissent, l’espace d’un instant, une identité commune.

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Or, le 15 avril au soir, Notre-Dame brûle ! De longues heures durant, l’impensable devient probable : le vaisseau de pierre que l’on pensait éternel, non en ra...

Fabrice Flückiger

Historien, Chercheur postdoctoral à la Ludwig-Maximilian-Universität München et chercheur associé au CEDRE PSL