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Lexit : une dangereuse illusion à gauche

Politiste

Deux visions d’une même sortie de l’Union européenne s’affrontent au Royaume-Uni : le Brexit en offre la version conservatrice, impérialiste et libérale là où le Lexit en propose la version sociale venue d’une gauche estimant que l’UE ne saurait être autre chose qu’une machine néo-libérale. Les tenants du Lexit affirment qu’une politique socialiste n’est possible qu’hors de l’Union Européenne. Pourtant, le processus du Brexit ne cesse de montrer qu’il n’existe aucune sortie progressiste de l’UE.

La nature du Brexit ne fait plus l’ombre d’un doute. Après une campagne menée par la fraction trumpiste du parti conservateur, la sortie de l’Union européenne emmène le pays vers un avenir de régression sociale et de passion nationaliste. Il existe certes différents scénarios possibles de sortie, des versions plus ou moins hard ou soft, mais aucune d’entre elles ne contient le moindre élément émancipateur.

Le Brexit des conservateurs est nourri par une nostalgie impériale et dénote une arrogance insulaire. Ce sont, en majorité, les classes supérieures de droite, d’âge mûr, qui détestent aussi bien le « cosmopolitisme londonien » que « la dictature bruxelloise », qui ont voté en faveur de la sortie de l’UE. Les ultras du conservatisme entendent profiter de la situation pour démanteler ce qui reste de l’État social, généraliser le dumping social et ériger les immigré.e.s en bouc-émissaires des problèmes du pays.

Le Brexit pose un défi immense à la gauche britannique et européenne. La gauche est depuis longtemps critique de l’orientation prise par l’intégration européenne. Décrite comme un projet néolibéral qui dicte sa loi aux gouvernements nati...

Philippe Marlière

Politiste, Professeur de science politique à University College London