O Opinion

Hommage

Michel Serres en historien des sciences

Philosophe, historien et socio-anthropologue

Depuis sa disparition le 1er juin, les hommages à Michel Serres rappellent sa carrière de philosophe, d’écrivain ou d’académicien… plus rarement son importance comme historien des sciences. C’est faire l’impasse sur sa manière, très nouvelle, d’aborder et d’enseigner cette discipline : pour Serres, étudier les sciences c’est se tourner vers le monde, penser la terre, les fleuves, les turbulences et pas seulement le social.

Dans la pluie d’hommages qui saluent Michel Serres, bien des facettes du personnage sont évoquées, sauf celle de l’historien des sciences. On parle de manigance universitaire pour justifier l’élection de ce philosophe au département d’histoire de l’Université Paris 1. Mais c’est oublier que la tradition française associe étroitement histoire et philosophie des sciences. Pendant plus de vingt ans, Serres a formé des centaines d’étudiantes et d’étudiants de licence à l’histoire des sciences.

Tous les samedi matin, sous le regard bienveillant des vaches peintes par Puvis de Chavannes dans l’amphi Lefebvre bondé, Serres a exposé et discuté les réflexions qui forment la trame de ses ouvrages depuis les Hermès jusqu’au Contrat Naturel. Tandis qu’une foule bigarrée d’intellectuels parisiens succombait au charme de son vagabondage intellectuel de la thermodynamique à la théorie de l’information, en passant par Zola, Jules Verne et Lucrèce, les étudiants ont été conquis par une manière nouvelle d’aborder et de pratiquer l’histoire des sciences.

Ils n’ont certes pas été élevés dans le respect de l’histoire bachelardienne. En travaillant l’histoire des math...

Bernadette Bensaude-Vincent, Jean-Marc Drouin et Sophie Poirot-Delpech

Philosophe, historien et socio-anthropologue, Professeur.e émérite et maîtresse de conférence