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Enseignement supérieur

La liberté académique et les vices du savoir

Philosophe

La Cour constitutionnelle européenne et l’Unesco ont récemment relevé les menaces à la liberté académique au sens large de liberté d’expression. Cependant la liberté académique, n’est pas liberté d’opinion, mais liberté de d’apprendre et de transmettre un savoir. C’est au nom de ce savoir qu’il convient alors de défendre les universités.

On peut être bête, confus, lâche, vaniteux ou bavard sans y être pour grand-chose. Mais quand on est prétentieux, arrogant, sot, malhonnête intellectuellement, snob ou esprit faux, c’est en grande partie de notre fait. Ces vices intellectuels ne sont jamais totalement indépendants des vices moraux, mais ils reposent tous sur une forme d’indifférence au savoir, et lui font obstacle.

Les institutions aussi ont leurs vices, qui sont comme les vices de forme des machines, mais dont ceux qui y participent sont souvent responsables. Le comble est atteint quand ces institutions sont supposées être dévolues à l’avancement du savoir, comme les universités. Lichtenberg disait que peut-être un jour les universités serviront à rétablir l’ancienne ignorance.

On n’en est pas encore tout à fait là, mais nous savons tous que l’université a ses propres vices, qui ne sont pas tous intellectuels, ou plutôt qui le sont quand on a oublié la raison d’être du savoir. Rabelais et les humanistes ont décrit ceux de l’université médiévale. Ceux des universités contemporaines ne sont pas moins graves, a fortiori quand ce sont des vertus dont on a perdu le sens.

L’une des vertus cardinales de l’...

Pascal Engel

Philosophe, Directeur d'études à l'EHESS - CRAL