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Le Nuage de la fin du monde : Ruskin et l’écologie politique

Professeur de littérature anglaise

Le monde Anglo-Saxon célèbre cette année les 200 ans de la naissance de John Ruskin, écrivain et critique d’art britannique. Protestant foncièrement protestataire, celui dont la pensée a influencé celles d’Elinor Oström, Gandhi ou encore William Morris, pose les bases d’une « écologie politique ». À l’heure du dérèglement climatique, il n’est pas mauvais de redécouvrir le penseur de l’entail, ces biens (comme notre planète) dont nous avons la responsabilité, légués à nous pour le meilleur, mais que nous léguerons pour le pire.

Un brin sensationnelle, reconnaissons-le, l’accroche vise à faire la lumière sur l’œuvre d’un grand penseur victorien, John Ruskin (1819-1900), largement absent de la scène intellectuelle française, où on le connaît essentiellement comme historien d’art. Or le « professeur de goût » de Marcel Proust ne fut pas qu’« initiateur de beauté » et défenseur farouche de la peinture de J. M. W. Turner.

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Il fut aussi, et peut-être surtout dans la perspective qui nous retient aujourd’hui, un critique virulent de la société de son temps, un « économiste atterré » avant l’heure, un précurseur de l’écologie politique. Le deux-centième anniversaire de sa naissance, célébré avec faste dans le monde anglo-saxon (Ruskin 200), est en passe de rendre enfin justice à ses intuitions, assez largement prémonitoires, voire fondatrices.

La temporalité, chez Ruskin, s’inverse, par force, car nous sommes dans le temps d’avant la catastrophe nucléaire, et de son emblématique champignon.<...

Marc Porée

Professeur de littérature anglaise, École Normale Supérieure (Ulm)