Marc Porée

Professeur de littérature anglaise, École Normale Supérieure (Ulm)

Marc Porée est professeur de littérature anglaise à l’ENS Ulm. Romanticiste, traducteur (Byron, Conrad, De Quincey, Ann Radcliffe), il est aussi l’auteur d’études critiques sur Salman Rushdie, Kazuo Ishiguro, Hanif Kureishi, etc. Il a co-dirigé la traduction des Œuvres de fiction de Robert Louis Stevenson en trois volumes pour la Bibliothèque de la Pléiade et a récemment préfacé un volume d’écrits de Joseph Conrad chez le même éditeur. Il avait signé un article sur « La méthode Serres », dans le Cahier de l’Herne sur Michel Serres, en 2010.

Ses publications sur AOC

mercredi 16.12.20

Critique

Cinquante nuances de Le Carré

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John Le Carré est mort samedi. L’écrivain, qui avait fait ses classes dans les services secrets britanniques, a élevé le roman d’espionnage, genre dit « mineur », au rang d’art majeur. Sa couleur de prédilection ? Le gris. Un gris terne, comme l’était le bloc soviétique dans les représentations de l’époque, couleur muraille. Mais un gris fait de diverses nuances, car rien, dans le monde des officiers du renseignement, n’est autre que très subtilement infiltré, toujours au bord de se fondre dans le camp d’en face.

vendredi 11.12.20

Critique

Karaoke mimétique – à propos de Chinatown, Intérieur de Charles Yu

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On suit dans Chinatown, Intérieur les péripéties d’un jeune acteur, Willis Wu, confronté à son statut d’éternel second couteau. Car le septième art n’échappe par à cette question centrale : ni Noires, ni Blanches, quelle place est faite aux minorités asiatiques dans la société américaine ? Avec un « dispositif » dont la technicité et le rythme frappent par leur redoutable efficacité, Charles Yu livre ici une très adroite transposition du vécu par la fiction.

mardi 27.10.20

Critique

Quichotte… chute ! – à propos de Quichotte de Salman Rushdie

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Parodie de l’œuvre classique de Cervantès (elle-même parodie d’un roman de chevalerie), le Quichotte de Salman Rushdie remet en selle le « Chevalier de la Triste-Figure » sous les traits d’un visiteur médical vieux et grincheux, le bien nommé M. Smile Smile, propulsé dans un road trip picaresque. Mais cette fois, la magie n’opère pas. Car le réalisme magique bute sur une culture de seconde ou de troisième main, sur une réalité inexorablement désenchantée, réduite à une « suite de clichés ». Faut-il y voir le symptôme d’un mal qui ronge plus largement l’exofiction ?

vendredi 16.10.20

Critique

Une œuvre au noir – sur Walker de Robin Robertson

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Dans son roman-poème Walker, l’Écossais Robin Robertson fait flâner le protagoniste et le lecteur dans la Los Angeles des années 50, capitale du cinéma et du polar – « Capitale de la douleur », aussi. En effet, dans ce texte magnifique tout en éclats et en éclipses se révèlent les violences de l’Histoire, en particulier le traumatisme de la deuxième guerre mondiale et la brutalité de la ségrégation. Noir, telle est la couleur de cette écriture : noir du polar, noir de la nuit. Œuvre « au noir » enfin, car fruit d’une alchimie poétique sous le signe de la mort.

mercredi 29.07.20

Critique

Intelligence artificielle vs. intelligence romanesque – sur Une machine comme moi de Ian McEwan

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L’intelligence romanesque a-t-elle une chance de vaincre l’intelligence artificielle ? C’est le défi que relève Ian McEwan dans son dernier roman Une machine comme moi. Se démarquant de l’angoisse généralisée autour de la question robotique, l’écrivain britannique oriente plutôt sa réflexion au prisme de l’intime, livrant ainsi le récit captivant de la rivalité affective entre un romancier et son androïde fraichement acquis. Rediffusion du 6 février 2020.