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Environnement

L’animal et le social : vers une révolution zooanthropologique ?

Philosophe

Face à la crise écologique actuelle, la nécessité de repenser la place de l’humain au sein du vivant est fondamentale. Alors que la plupart des paradigmes analytiques proposés jusqu’alors par les sciences sociales échouaient à se détacher de l’anthropocentrisme culturel, une nouvelle sensibilité à l’égard des interrelations qui traversent le vivant est en train d’émerger, remettant ainsi le dialogue entre acteurs humains et non-humains au centre de l’analyse.

Une révolution invisible, qui touche le monde social et qui a trait aux nouvelles relations entre humains et animaux, est en cours. L’importance de cette révolution tient au fait que nous sommes entrés dans des sociétés qui ont accepté progressivement non pas seulement d’avoir des échanges avec les animaux, comme ce fut toujours le cas, mais plus fondamentalement de se laisser transformer par l’ensemble des interactions entre vivants humains et vivants non-humains.

Cette profonde transformation socioculturelle souligne toute la différence entre relations et interactions. Une relation sociale interspécifique qui en reste à un échange dominé par l’humain ne peut venir perturber et transformer ce même échange social dans la mesure où elle se vit du seul point de vue humain. Or la révolution dont nous parlons ici échappe aux deux obstacles qui avaient empêché jusqu’à maintenant la réciprocité des échanges entre espèces : l’anthropomorphisme et l’anthropocentrisme. De telles interactions interspécifiques au contenu foncièrement éthique nous font entrer dans une expérience inouïe du social.

L’entrée en crise des relations sociales de type anthropocentrique.

La révolution sociale qui est en ...

Patrick Llored

Philosophe, Professeur de philosophie et chercheur en éthique animale, phénoménologie animale et éthologie politique.