Economie

Félix Potin, ou le monde avant l’externalisation

Architecte, Journaliste

Né il y a tout juste 200 ans – le 9 juillet 1820 –, Félix Potin entendait « vendre à meilleur compte des produits meilleurs ». Après que la crise sanitaire a révélé les fragilités de notre modèle économique, cette devise pourrait servir de ligne directrice à une économie plus solidaire et responsable, construite sur des principes d’internalisation, de relation avec le territoire et de fin des intermédiaires. Retour sur le parcours d’un précurseur du business éthique.

Dans un monde qui retrouve ses frontières, les équilibres macro-économiques, fondés sur les traités de libre-échange et l’externalisation systémique à l’échelle globale, ont subi enfin un profond coup d’arrêt. La pandémie nous oblige à repenser les cycles de production et à créer des modèles économiques plus durables sans passer par la case RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). Il faut attaquer la question au cœur de l’activité industrielle : le rôle de l’entreprise au sein de la société. Et si après des décennies d’externalisation et de fermetures de sites de productions européens, on acceptait de trouver une solution locale et plus durable ? Le premier industriel à mettre en pratique cette théorie a lancé son entreprise en 1844. Il s’appelait Félix Potin : épicier, industriel, précurseur de la vente au détail.

Une vision à long terme versus un profit rapide

« Vendre à meilleur compte des produits meilleurs. » Cherchez dans les manuels d’économie, dans les biographies des illustres PDG du XXIe siècle ou dans les pages de la presse économique. Aussi facile que cela paraisse, vous ne trouverez pas cette formule magique qui renverse la caricature de l’entrepreneur malin, avide de profits à court terme, obsédé par l’optimisation fiscale, la délocalisation et l’obsolescence programmée. Avec cette devise, Potin se place comme précurseur du business éthique autant dans le XIXe que dans le XXIe siècle. Il est conscient que pour baisser les prix et garantir la qualité de la marchandise, il est nécessaire de changer les règles du jeu : à l’inverse des autres épiciers de l’époque, il veut gagner la guerre, pas simplement une bataille.

Internaliser les expertises, la production et la distribution

Il se donne pour objectif d’internaliser la production, jusqu’à devenir son propre fournisseur. Il souhaite maîtriser la chaîne de production de A à Z. Cela permet d’éviter les intermédiaires qui gonflent les prix et de contrôler la qualité


Mathieu Mercuriali

Architecte, chercheur au LIAT, maître de conférences à l’ENSA

Giulio Zucchini

Journaliste

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