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Hyperréalité du bouffon – Trump et l’élection de 2020

Écrivain

Sidérés par l’élection de Donald Trump en 2016, les « libéraux » n’ont guère su opposer à chaque provocation du président américain que leur indignation morale, ce qui est toujours un signe d’aveuglement face à un phénomène politique inédit. Ils peuvent bien rouvrir les yeux, maintenant : le phénomène Trump n’a pas disparu, et quel que soit le résultat final de l’élection de 2020, elle aura au moins montré qu’il n’était pas un accident de l’histoire. Le gouvernement grotesque et l’ère des bouffons est devant nous.

Il y a quatre ans la victoire de Donald Trump à l’élection avait constitué un « traumatisme » pour l’ensemble des acteurs et des observateurs de la vie politique américaine. Ce n’était pas seulement une défaite électorale démocrate, mais une sorte de catastrophe symbolique qui prenait en défaut tous les systèmes de prévision et d’alerte et ruinait la crédibilité des analystes et des commentateurs.

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C’était pour beaucoup de démocrates une anomalie politique, un événement extravagant qui échappait à toute logique à leurs yeux. À la Maison Blanche, le soir du 9 novembre le résultat des élections laissa sans voix Obama et ses storytellers. « C’était aussi inconcevable que l’abrogation d’une loi de la nature » dira l’un d’eux et Obama déclara : « L’histoire ne va pas en ligne droite, elle fait des zigzags. »

Dix fois cent fois on avait parié sur l’élimination de Trump au cours des primaires, puis sur sa défaite face à Hillary Clinton, et il avait surmonté tous les obstacles… Il avait lancé un défi aux médias, à leurs récits de campagne, déniant leur agenda et leur rhétorique, bousculant l’image qu’on pouvait avoir d’un président, imposant ses outrances, sa rhétorique enfantine, son langage onomatopéique et ses mensonges…

« L’une des choses les plus déconcertantes était que personne, quel que soit son degré d’érudition, n’avait une idée de ce qui se passait » se souvenait, un an après l’élection de Trump, Michelle Goldberg dans un article du New York Times, intitulé « Anniversaire de l’Apocalypse ». Dans son désarroi, elle s’était alors tournée vers des journalistes qui vivaient ou avaient vécu sous un régime autoritaire « pour tenter de comprendre comment la texture de la vie change lorsqu’un démagogue autocrate prend le pouvoir. »

Un journaliste turc laïc lui avait dit d’une voix triste et fatiguée, que les gens pouvaient défiler dans les rues pour s’opposer à Trump, mais que les protestations finiraient probablement par s’éteindre et « le sentiment d’une stup


Christian Salmon

Écrivain, Chercheur au Centre de Recherches sur les Arts et le Langage