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Société

A bout de souffle ? La société du masque

Historien

Parmi les mesures annoncées vendredi dernier par Jean Castex, le port du masque en entreprises a été renforcé. En un an, la vie masquée s’est ainsi imposée, et a modifié durablement les interactions sociales. Flânant dans les rues parisiennes, l’historien des sensibilités Hervé Mazurel s’autorise ici à esquisser quelques analyses à partir de bribes de réalité collectées dans l’atmosphère étrange d’une métropole bien peu reconnaissable, et où se laissent lire, du fait d’un tel dépaysement, certains signes révélateurs des évolutions en cours.

Nul n’aurait imaginé, il y a un an seulement, nos vies si puissamment ébranlées par l’épidémie galopante. Cette lame de fond, qui nous laisse constamment démunis, sans boussole, emportés toujours plus loin des rivages connus de la vie d’avant, a non seulement bouleversé en profondeur les rythmes de la vie collective, mais toute notre existence intime et affective. Sans que nous sachions encore s’il s’agit de mutations durables ou momentanées, sinon définitives, la crise sanitaire altère à la fois nos façons de sentir et de ressentir, nos perceptions intimes de l’espace et du temps, comme nos attitudes et gestes coutumiers.

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Il n’est qu’à scruter, un instant, nos scènes de rues et la mise en jeu des corps dans les interactions les plus ordinaires. Toute la grammaire habituelle de nos gestes et conduites, tous les rituels traditionnels de la rencontre, se sont trouvés affectés, perturbés, troublés par la menace virale. Qu’il s’agisse de nos façons de saluer ou de ...

Hervé Mazurel

Historien, Maître de conférences HDR à l'université de Bourgogne