Les ingénieurs de la confusion
Vêtue d’or, Sarah Knafo trône. Les communicants ont veillé à la placer en majesté au centre de l’image, entourée des « 200 qui feront la France de demain », cette « nouvelle élite » que le Fig Mag a choisi d’afficher sur sa couverture et de lister en ses pages intérieures, pour notre plus grand bonheur – et en guise de cadeau d’anniversaire à sa maison mère, le deux fois centenaire Figaro.

Lancé en 1978, son Magazine ne pouvait prétendre apparaître sur sa propre liste, réservée aux moins de 35 ans. Pourtant, il semble encore assez jeune à qui l’a vu naître et se souvient des parrains qui alors se penchaient sur le berceau, autour de Louis Pauwels, Alain Griotteray et toutes ces figures de la « Nouvelle Droite » emmenée par Alain de Benoist et son sinistre GRECE, le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne.
C’est surtout après 1981, c’est-à-dire après la victoire historique de la gauche, qu’il fit bruyamment parler de lui, à coup de fake news sur le Nicaragua sandiniste, d’édito sur le « sida mental » ou convoquant sans vergogne Antonio Gramsci pour se réapproprier sauvagement son concept d’hégémonie culturelle. Si la droite avait perdu les élections c’est qu’elle avait perdu depuis trop longtemps la bataille des idées analysait alors avec – accordons-lui – une certaine lucidité, cette droite nouvelle tout affairée à préparer sa « reconquête ».
Francesco Giubilei, l’homme-orchestre du néofascisme italien
Mais la nouvelle droite française n’a pas, loin s’en faut, le monopole en matière de triangulation idéologique abusive, son homologue italienne lui a plus récemment emboîté le pas en tentant, elle aussi, de détourner – et la tâche pourrait paraître autrement ardue en Italie – l’auteur communiste des Cahiers de prison. « Nous nous inspirons d’Antonio Gramsci, non pour imposer une domination culturelle, mais pour libérer la culture de toute mainmise idéologique », confie ainsi Francesco Giubilei, conseiller spécial de la ministre de
