Politique

Les ingénieurs de la confusion

Journaliste

Lundi, Peter Thiel triomphait à Paris : Académie le matin, ministre des affaires étrangères l’après-midi. Cette consécration du milliardaire trumpiste résulte de logiques sociales convergentes : fascination pour les « mages », quête de légitimité intellectuelle, circulation transnationale des idées réactionnaires. Du néofasciste italien Francesco Giubilei aux pages du Grand Continent, des revues mélonistes aux collections Gallimard, mêmes dynamiques à l’œuvre : la confusion intellectuelle produit les conditions de possibilité de la fusion des droites.

Vêtue d’or, Sarah Knafo trône. Les communicants ont veillé à la placer en majesté au centre de l’image, entourée des « 200 qui feront la France de demain », cette « nouvelle élite » que le Fig Mag a choisi d’afficher sur sa couverture et de lister en ses pages intérieures, pour notre plus grand bonheur – et en guise de cadeau d’anniversaire à sa maison mère, le deux fois centenaire Figaro.

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Lancé en 1978, son Magazine ne pouvait prétendre apparaître sur sa propre liste, réservée aux moins de 35 ans. Pourtant, il semble encore assez jeune à qui l’a vu naître et se souvient des parrains qui alors se penchaient sur le berceau, autour de Louis Pauwels, Alain Griotteray et toutes ces figures de la « Nouvelle Droite » emmenée par Alain de Benoist et son sinistre GRECE, le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne.

C’est surtout après 1981, c’est-à-dire après la victoire historique de la gauche, qu’il fit bruyamment parler de lui, à coup de fake news sur le Nicaragua sandiniste, d’édito sur le « sida mental » ou convoquant sans vergogne Antonio Gramsci pour se réapproprier sauvagement son concept d’hégémonie culturelle. Si la droite avait perdu les élections c’est qu’elle avait perdu depuis trop longtemps la bataille des idées analysait alors avec – accordons-lui – une certaine lucidité, cette droite nouvelle tout affairée à préparer sa « reconquête ».

Francesco Giubilei, l’homme-orchestre du néofascisme italien

Mais la nouvelle droite française n’a pas, loin s’en faut, le monopole en matière de triangulation idéologique abusive, son homologue italienne lui a plus récemment emboîté le pas en tentant, elle aussi, de détourner – et la tâche pourrait paraître autrement ardue en Italie – l’auteur communiste des Cahiers de prison. « Nous nous inspirons d’Antonio Gramsci, non pour imposer une domination culturelle, mais pour libérer la culture de toute mainmise idéologique », confie ainsi Francesco Giubilei, conseiller spécial de la ministre de


[1] Le titre reprend sans guillemets cette marque auto-attribuée alors que l’auteur veille dans le texte à les conserver.

[2] Comme l’indique Le Monde, c’est l’académicienne Chantal Delsol qui a pris l’initiative de cette invitation de Peter Thiel. Manière peut-être de le remercier pour la subvention que sa Fondation a accordée en 2022 à l’Institut Thomas More via l’un de ses « chercheurs ». L’Institut Thomas More a été fondé par le mari de Chantal Delsol, Charles Millon, premier responsable politique de droite à avoir, en 1998, fait alliance avec le Front national. Chantal Delsol siège, avec ses collègues académiciens Rémi Brague et Olivier Grenouilleau, ou encore l’entrepreneur de la seconde finance [on y revient plus bas] Charles Beigbeder. Ce sont les « chercheurs » de cet « Institut » d’extrême droite libérale conservatrice catholique qui ont récemment réalisé une étude sur « l’équité de traitement et l’orientation politique des matinales de Radio France », étude publiée en exclusivité et en couverture par le Figaro Magazine le 28 novembre sous le titre « Panique à Radio France ». C’est cette étude, très médiatisée par les médias Bolloré, qui prenait le parti de classer « à gauche » les bulletins météo de Marie-Pierre Planchon…

[3] À l’invitation de la maison d’édition Giubilei Regnani, Aresu a ainsi participé en décembre dernier à un débat avec Andrea Venanzoni et Francesco Giubilei sur le thème « Que signifie être conservateur ».

[4] Je suis assez bien placé, en revanche, pour m’en souvenir puisque je suis l’un de ceux qui a déclenché cette affaire, en publiant dans Les Inrockuptibles un article que j’avais commandé à Marc Weitzmann pour dénoncer ces lignes, et en ayant également prévenu par avance Laure Adler, directrice de France Culture. Il m’avait alors d’autant plus semblé important de réagir que Renaud Camus visait dans son livre l’émission « Panorama » dont je venais juste de prendre la suite le midi sur France Culture. Pour en savoir plus sur cette « 

Sylvain Bourmeau

Journaliste, directeur d'AOC

Notes

[1] Le titre reprend sans guillemets cette marque auto-attribuée alors que l’auteur veille dans le texte à les conserver.

[2] Comme l’indique Le Monde, c’est l’académicienne Chantal Delsol qui a pris l’initiative de cette invitation de Peter Thiel. Manière peut-être de le remercier pour la subvention que sa Fondation a accordée en 2022 à l’Institut Thomas More via l’un de ses « chercheurs ». L’Institut Thomas More a été fondé par le mari de Chantal Delsol, Charles Millon, premier responsable politique de droite à avoir, en 1998, fait alliance avec le Front national. Chantal Delsol siège, avec ses collègues académiciens Rémi Brague et Olivier Grenouilleau, ou encore l’entrepreneur de la seconde finance [on y revient plus bas] Charles Beigbeder. Ce sont les « chercheurs » de cet « Institut » d’extrême droite libérale conservatrice catholique qui ont récemment réalisé une étude sur « l’équité de traitement et l’orientation politique des matinales de Radio France », étude publiée en exclusivité et en couverture par le Figaro Magazine le 28 novembre sous le titre « Panique à Radio France ». C’est cette étude, très médiatisée par les médias Bolloré, qui prenait le parti de classer « à gauche » les bulletins météo de Marie-Pierre Planchon…

[3] À l’invitation de la maison d’édition Giubilei Regnani, Aresu a ainsi participé en décembre dernier à un débat avec Andrea Venanzoni et Francesco Giubilei sur le thème « Que signifie être conservateur ».

[4] Je suis assez bien placé, en revanche, pour m’en souvenir puisque je suis l’un de ceux qui a déclenché cette affaire, en publiant dans Les Inrockuptibles un article que j’avais commandé à Marc Weitzmann pour dénoncer ces lignes, et en ayant également prévenu par avance Laure Adler, directrice de France Culture. Il m’avait alors d’autant plus semblé important de réagir que Renaud Camus visait dans son livre l’émission « Panorama » dont je venais juste de prendre la suite le midi sur France Culture. Pour en savoir plus sur cette «