Enseignement supérieur et recherche

Attaques contre les sciences et l’Université : stratégies, enjeux et résistances

Physicien, Géophysicienne, Auteur·e

Un an après les premiers rassemblements des acteurs du monde scientifique contre le blitzkrieg trumpien à l’égard des libertés académiques, les actions de contrôle de la science se resserrent. En France, où la recherche fait l’objet d’un pilotage managérial et de pressions croissantes, le mouvement Stand Up for Science appelle à renforcer la résistance collective à travers des mobilisations locales du 6 au 10 mars et une conférence au Collège de France ce vendredi 6 mars.

La dernière décennie a été marquée par la montée presque simultanée d’une extrême-droite hybride en Occident mais aussi en Corée du Sud, dans les pays du Sahel, en Argentine ou au Japon. Son arrivée au pouvoir, ou sa participation à des coalitions gouvernementales, s’accompagne, sans surprise, d’attaques contre les institutions du savoir. Elle n’en a pas l’exclusivité.

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La liberté académique est frontalement attaquée dans des théocraties comme en Afghanistan ou en Iran, fortement contrainte en Chine et dans des écosystèmes scientifiques émergents comme l’Arabie Saoudite, l’Égypte, l’Inde ou la Turquie, et réduite à néant dans des zones de guerres asymétriques[1] et de guerres contre les civils comme en Palestine ou au Soudan.

En Europe, les conditions de résistance de l’Université et de la recherche scientifique ont été profondément affaiblies par des décennies de nouveau management public – agences d’évaluation, financement par projet – visant à discipliner le monde académique en conditionnant les moyens à des normes et indicateurs de performance, en mettant en concurrence des individus et des institutions, et en instaurant ainsi un contrôle politique discret, exercé sous couvert de productivité scientifique.

De l’Italie à la Suède, des Pays-Bas à la Pologne, les offensives illibérales sont d’abord passées par des mesures d’austérité budgétaire pour le secteur public, puis par le financement par l’État d’établissements supérieurs et structures de recherche privés idéologiquement alignés. Le Mathias Corvinus Collegium, en Hongrie, fait figure d’archétype :  une institution  privée,  massivement financée par l’État, qui adopte les codes de l’Université pour donner une légitimité pseudo-scientifique à un agenda idéologique.

Dans ce panorama, l’offensive menée depuis janvier 2025 par l’administration Trump contre les sciences et l’Université aux États-Unis, stupéfie par sa vitesse d’exécution, son ampleur et son articulation efficace entre censure idéologique,


[1] Une guerre asymétrique est un conflit opposant deux forces très inégales en puissance ou en moyens (militaires, technologiques, économiques), opposant souvent une armée d’État et une force irrégulière (guérilla, milice, groupe insurgé). La partie la plus faible évite l’affrontement direct et privilégie des tactiques indirectes pour compenser son désavantage.

[2] Blitzkrieg (littéralement « guerre éclair ») désigne une stratégie militaire allemande fondée sur des offensives rapides et coordonnées visant à désorganiser et vaincre l’ennemi en un temps très court.

[3] NASA(National Aeronautics and Space Administration), EPA (Environmental Protection Agence), NIH (National Institutes of Health), NSF (National Science Foundation).

[4] Gleichschaltung (littéralement « mise au pas ») désigne le processus par lequel le régime nazi a progressivement pris le contrôle total de la société allemande après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en 1933.

[5] ICE (Immigration and Customs Enforcement).

[6] Michel Feher, Producteurs et parasites: l’imaginaire si désirable du Rassemblement national, La Découverte, 2024.

[7] FMI (Fonds monétaire international), Banque mondiale, ONU (Organisation des Nations unies), OMC (Organisation mondiale du commerce), OMS (Organisation mondiale de la santé).

[8] La formule reprend le diagnostic stratégique de Nixon, exprimé lors d’une conversation avec Kissinger, enregistrée à la Maison Blanche le 14 décembre 1972,  « The professors are the enemy », dans le contexte des grandes mobilisations contre la guerre du Viêt Nam et pour les droits civiques.

[9] Quinn Slobodian, Hayek’s Bastards. Race, Gold, IQ, and the Capitalism of the Far Right, Zone Books, 2025.

[10] Quinn Slobodian, Globalists: The End of Empire and the Birth of Neoliberalism, Harvard University Press, 2018.

Bruno Andreotti

Physicien, Professeur à l'Université Paris Cité

Kristel Chanard

Géophysicienne, Chercheuse IGN à l'Institut de Physique du Globe de Paris

Camille Noûs

Auteur·e

Notes

[1] Une guerre asymétrique est un conflit opposant deux forces très inégales en puissance ou en moyens (militaires, technologiques, économiques), opposant souvent une armée d’État et une force irrégulière (guérilla, milice, groupe insurgé). La partie la plus faible évite l’affrontement direct et privilégie des tactiques indirectes pour compenser son désavantage.

[2] Blitzkrieg (littéralement « guerre éclair ») désigne une stratégie militaire allemande fondée sur des offensives rapides et coordonnées visant à désorganiser et vaincre l’ennemi en un temps très court.

[3] NASA(National Aeronautics and Space Administration), EPA (Environmental Protection Agence), NIH (National Institutes of Health), NSF (National Science Foundation).

[4] Gleichschaltung (littéralement « mise au pas ») désigne le processus par lequel le régime nazi a progressivement pris le contrôle total de la société allemande après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir en 1933.

[5] ICE (Immigration and Customs Enforcement).

[6] Michel Feher, Producteurs et parasites: l’imaginaire si désirable du Rassemblement national, La Découverte, 2024.

[7] FMI (Fonds monétaire international), Banque mondiale, ONU (Organisation des Nations unies), OMC (Organisation mondiale du commerce), OMS (Organisation mondiale de la santé).

[8] La formule reprend le diagnostic stratégique de Nixon, exprimé lors d’une conversation avec Kissinger, enregistrée à la Maison Blanche le 14 décembre 1972,  « The professors are the enemy », dans le contexte des grandes mobilisations contre la guerre du Viêt Nam et pour les droits civiques.

[9] Quinn Slobodian, Hayek’s Bastards. Race, Gold, IQ, and the Capitalism of the Far Right, Zone Books, 2025.

[10] Quinn Slobodian, Globalists: The End of Empire and the Birth of Neoliberalism, Harvard University Press, 2018.