Attaques contre les sciences et l’Université : stratégies, enjeux et résistances
La dernière décennie a été marquée par la montée presque simultanée d’une extrême-droite hybride en Occident mais aussi en Corée du Sud, dans les pays du Sahel, en Argentine ou au Japon. Son arrivée au pouvoir, ou sa participation à des coalitions gouvernementales, s’accompagne, sans surprise, d’attaques contre les institutions du savoir. Elle n’en a pas l’exclusivité.

La liberté académique est frontalement attaquée dans des théocraties comme en Afghanistan ou en Iran, fortement contrainte en Chine et dans des écosystèmes scientifiques émergents comme l’Arabie Saoudite, l’Égypte, l’Inde ou la Turquie, et réduite à néant dans des zones de guerres asymétriques[1] et de guerres contre les civils comme en Palestine ou au Soudan.
En Europe, les conditions de résistance de l’Université et de la recherche scientifique ont été profondément affaiblies par des décennies de nouveau management public – agences d’évaluation, financement par projet – visant à discipliner le monde académique en conditionnant les moyens à des normes et indicateurs de performance, en mettant en concurrence des individus et des institutions, et en instaurant ainsi un contrôle politique discret, exercé sous couvert de productivité scientifique.
De l’Italie à la Suède, des Pays-Bas à la Pologne, les offensives illibérales sont d’abord passées par des mesures d’austérité budgétaire pour le secteur public, puis par le financement par l’État d’établissements supérieurs et structures de recherche privés idéologiquement alignés. Le Mathias Corvinus Collegium, en Hongrie, fait figure d’archétype : une institution privée, massivement financée par l’État, qui adopte les codes de l’Université pour donner une légitimité pseudo-scientifique à un agenda idéologique.
Dans ce panorama, l’offensive menée depuis janvier 2025 par l’administration Trump contre les sciences et l’Université aux États-Unis, stupéfie par sa vitesse d’exécution, son ampleur et son articulation efficace entre censure idéologique,
