Éducation

Blocus lycéens : pour une éducation buissonnière à la citoyenneté

Sociologue

À travers la France, des lycéen·nes se mobilisent contre les restrictions budgétaires, au prix d’une répression parfois violente. Souvent caricaturées, ces actions cachent une réalité plus subtile : celle d’un apprentissage citoyen bricolé par les élèves malgré l’institution. Et si les blocus lycéens mettaient en lumière les limites de l’éducation civique dans notre école tout en ouvrant des pistes pour la réinventer ?

Depuis plusieurs semaines, le monde scolaire français est traversé par un mouvement social en réponse aux coupes budgétaires annoncées par le ministère de l’Éducation nationale pour la rentrée 2026. Cette mobilisation se décline à travers des journées de grève organisées par les principaux syndicats enseignants, des manifestations, mais aussi une forte implication des lycéen·nes qui prend la forme assez classique de blocus d’établissements. Ces actions ont été particulièrement intenses à Marseille et ont suscité, en retour, des interventions policières parfois violentes.

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Le 10 mars, devant l’un des lycées les plus prestigieux du centre-ville, alors que des élèves formaient une chaîne humaine devant l’entrée en se tenant par la main, un policier projette un conteneur à ordures sur une adolescente, l’expédiant brutalement à terre. Les images de cette scène particulièrement brutale ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux et sont devenues virales. Le même matin, un lycéen mineur est plaqué au sol, menotté et placé en garde à vue. La semaine suivante, trois élèves sont interpellés devant l’entrée d’un autre lycée d’un quartier populaire de la même ville, avant d’être eux aussi placés en garde à vue. Le matin, devant certains établissements scolaires soupçonnés de faire l’objet d’un blocus, de longues files de véhicules de CRS signalent la forte vigilance policière.

Mais un événement plus récent, répercuté dans la presse régionale a marqué la communauté éducative. Le 26 mars, lors d’une manifestation organisée par l’intersyndicale enseignante devant la direction des services départementaux de l’Éducation nationale des Bouches-du-Rhône, le directeur académique photographie des lycéen·nes qui participent à un sit-in afin qu’ils et elles puissent être identifié·es par leurs chef·fes d’établissement. Il adresse ensuite un courrier à leurs parents, signalant que leur « enfant a été reconnu lors d’une manifestation devant la direction des services départementau


[1] Thomas Douniès, Réformer l’éducation civique ? Enquête du ministère à la salle de classe, Presses Universitaires de France, 2021.

[2] Audrey Léger, Massimo Loi, Élodie Persem, et Hugo Rogie « ICCS 2022 : les résultats de la France en connaissances civiques et citoyennes dans la moyenne internationale », Note d’Information n° 23.47, DEPP, 2022.

[3] Géraldine Bozec, Éducation à la citoyenneté à l’école : politiques, pratiques scolaires et effets sur les élèves, CNESCO, 2016.

[4] Jacques Rancière, La Mésentente. Politique et philosophie, Galilée, 1995, p. 31.

Julien Garric

Sociologue, Maître de conférences à Aix-Marseille Université et chercheur à l'IREMAM

Notes

[1] Thomas Douniès, Réformer l’éducation civique ? Enquête du ministère à la salle de classe, Presses Universitaires de France, 2021.

[2] Audrey Léger, Massimo Loi, Élodie Persem, et Hugo Rogie « ICCS 2022 : les résultats de la France en connaissances civiques et citoyennes dans la moyenne internationale », Note d’Information n° 23.47, DEPP, 2022.

[3] Géraldine Bozec, Éducation à la citoyenneté à l’école : politiques, pratiques scolaires et effets sur les élèves, CNESCO, 2016.

[4] Jacques Rancière, La Mésentente. Politique et philosophie, Galilée, 1995, p. 31.