Numérique

Qui veut faire l’ange fait la bête : étudier face à GPT

Ingénieur pédagogique

Sur les campus s’est répandu plus vite qu’ailleurs l’art de déléguer à la machine le soin de penser. « Générer des textes » est l’usage le plus fréquemment évoqué dans les sondages. Les étudiants affirment vouloir « gagner du temps » ou « améliorer la qualité de leur travail », autrement dit se faciliter la tâche. La démarche tient moins du désir d’apprendre que de s’épargner l’effort d’apprendre. Rien de nouveau sous le soleil, sinon la vertigineuse facilité du geste.

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. » Cette maxime de Pascal trouve des résonances modernes notamment dans le contexte de l’éducation face à l’intelligence artificielle. 

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Tout d’abord, l’être humain, « ni ange ni bête » est suspendu entre grandeur et misère. Les enseignants aspirent à la rigueur et la justice, mais demeurent soumis à la fatigue et aux préjugés. Les étudiants aimeraient toujours apprendre, évoluer au-dessus d’eux-mêmes, tout en restant soumis à la tentation du moindre effort, aux distractions, parfois à la fatuité. L’humain tient le milieu, ni résigné dans les tiédeurs du vice, ni capable d’incarner ce à quoi il aspire.

En découle que dans la même salle de classe, l’effort et la facilité s’assiéront toujours côte à côte. L’intelligence artificielle (IA) ne change pas la nature humaine – pas plus que l’imprimerie ou Internet en leur temps – elle la catalyse. La technologie est une pharmacologie disait Bernard Stiegler, tantôt remède tantôt poison. Outil pour apprendre, l’IA élève ; qui s’y repose s’abaisse. 

Ensuite, « qui veut faire l’ange fait la bête » : qui veut s’augmenter par la machine s’ampute de son humanité. C’est la rançon des études quand on cherche à optimiser la note en minimisant le travail cognitif. Il faut admettre qu’il soit tentant de confier à une IA générative (IAg) le soin de faire (pas seulement de penser) à la place du cerveau.

On croit produire un devoir éthéré, meilleur que celui que l’on aurait produit seul. Mais sous les apparences, la compréhension, la pensée, et une part de notre humanité, sont sacrifiées. Plus l’IAg sera habile, plus l’enseignant sera dupé, plus cette paresse cognitive sera récompensée. Les années passant, derrière une prétentieuse façade de bons résultats se creusera la déchéance de certains étudiants. Ce que Pascal nous suggère, c’est qu’en fantasmant le dépassement facile de soi, on s’expose à un lent appauvrissement intérieur. 

Enfin


Ambroise Baillifard

Ingénieur pédagogique, Chercheur et collaborateur scientifique à EDUDL+ (UniDistance Suisse), spécialiste des pratiques éducatives numériques

Mots-clés

IA