Violences sexistes et sexuelles à l’université
En 2020, une doctorante contractuelle de l’université de Lorraine mettait fin à ses jours [1] en laissant un mot incriminant son directeur de thèse, dont les agissements étaient connus et signalés.

Quelques semaines plus tard, des personnels et étudiants·es de cette université fondaient le Collectif de lutte contre le harcèlement à l’Université – le Cha-U –, pour mobiliser une prise de conscience collective et participer à la réflexion sur les violences et le harcèlement sexistes et sexuels dans l’enseignement supérieur et la recherche (ESR). Nous n’étions pas spécialistes du sujet mais faisions régulièrement face à des problèmes, de gravité diverses, qui nous laissaient démuni·es et nous rendions complices d’une institution peu armée pour juguler les violences qu’elle contribue à générer. Le drame qui venait de se produire nous a foudroyés et jointes à l’action.
Alors que commençaient à paraître des chiffres affolants (un étudiant·e sur dix a subi une agression sexuelle, un sur vingt un viol [2]), et que les dispositifs EDI (Égalité-Diversité-Inclusion) se mettaient en place dans les universités, nous avons souhaité faire de notre collectif un espace où partager nos expériences et mettre à profit nos connaissances pour penser les violences systémiques s’exerçant dans ces lieux de savoir et de pouvoir que sont nos départements et nos laboratoires. Notre objectif premier : caractériser les spécificités des VSS dans l’ESR, en portant une attention particulière à la relation enseignant·e/enseigné·e – quand l’autorité intellectuelle se pare d’un prestige renforcé qui limite drastiquement la liberté à consentir d’étudiant·es par ailleurs confronté·es à une précarisation et à une fragilisation [3] croissantes (25 % vivent avec moins de 100 euros par mois une fois leur loyer réglé). Il s’agissait, en croisant nos disciplines et en prenant notre université pour terrain d’étude, d’aiguiser notre regard sur les rapports de domination inscrits dans nos habitus acadé
