La vie de Bryan 2.0 : milliardaires et peaux de chagrin
C’est l’histoire d’un homme qui, comme tout le monde, ne voudrait pas mourir. Mais, à la différence des autres, il consacre sa vie à ce désir. D’autant que, à la différence de presque tous les autres, il est milliardaire. Il s’appelle Bryan Johnson, il est bien connu des geeks, des gérontologues et des spectateurs des désordres états-uniens. Depuis qu’il a décidé d’investir non seulement sa fortune mais aussi tout son temps dans ce projet unique de retarder indéfiniment la mort et prolonger encore plus indéfiniment la vie en bonne santé, la vie de Bryan est exclusivement orientée vers la réalisation de son but.

Un but certes à première vue absurde – « tu vis, tu meurs », nous rappelle le bon sens toujours aristotélicien (« l’animal meurt parce qu’il vit »), même si vouloir vivre est l’essence de toute existence, comme le chante Ben Harper après Arthur Schopenhauer. Mais après examen pas si absurde, car depuis trois ou quatre décennies, la science a mis en évidence un certain nombre de processus impliqués dans le vieillissement que l’on pourrait raisonnablement inverser.
Ainsi, en 1993 on a identifié chez un petit ver de terre – un organisme modèle assez commun pour les biologistes, scientifiquement nommé Caenorhabditis elegans – un certain gène dont la neutralisation augmente d’un tiers la durée de vie de son porteur, ce qui serait tout de même bienvenu pour la plupart de nos congénères. Certes, même pour un ver, ce nématode est assez singulier puisqu’il dispose d’un mécanisme de dormance, activable dans certaines conditions précises, ce dont sont dépourvues la plupart des espèces de sa famille. Transposer cette découverte à l’humain n’est donc pas une mince affaire, et certains pensent que cela n’aurait même aucun sens.
Reste que la découverte des propriétés de ce gène daf-2, chez le nématode en 1993 par Cynthia Kenyon – aujourd’hui vice-présidente de Calico, une filiale de Google, consacrée à l’allongement de la vie –, contribua à lancer des recherches f
