Cultivons l’esprit critique de nos enfants
« La beauté de la raison est qu’on peut toujours recourir à elle pour comprendre en quoi elle a échoué. »
Steven Pinker, Le Triomphe des Lumières, Les Arènes, 2018, p. 433.
Commençons par dire ce qu’il n’est pas. L’esprit critique n’a rien à voir avec le scepticisme permanent, avec ce que le politologue Pierre-André Taguieff appelle le « soupçonnisme », attitude qui consiste à refuser de croire par principe à ce que l’on nous dit. Tout est suspect, tout est louche, méfiance encore et toujours.

C’est quoi au juste l’esprit critique ?
L’esprit critique n’en appelle pas à la suspicion mais au discernement. Il n’a également rien à voir avec l’esprit de dénigrement qui consiste à déprécier de manière systématique. Rappelons que le mot critique vient du verbe grec krinein qui signifie « trier ». L’esprit critique ne relève pas d’un désir de calomnier mais d’un souci de différencier.
Que dire maintenant de positif ? La philosophe Elena Pasquinelli et ses collaborateurs écrivent, dans un rapport de recherche ANR récemment publié (2020), que l’esprit critique est « l’ensemble des capacités et des critères qui permettent d’évaluer la qualité épistémique des informations disponibles et de doser de façon conséquente notre confiance en ces informations ». Faire preuve d’esprit critique s’appuie sur deux compétences : savoir évaluer et savoir doser notre confiance. Capacités distinctes mais liées. Il s’agit tout d’abord d’évaluer la pertinence épistémique de l’information qui nous est soumise. Est-elle est fondée, discutable voire peu sérieuse ? Pour dans un second temps ajuster notre confiance. Quel crédit mérite cette information ? Quel niveau de confiance convient-il de lui attribuer ?
Vigilance épistémique et capacités cognitives
Faire preuve d’esprit critique, pour le dire d’une autre manière, c’est faire preuve de vigilance intellectuelle. Nous sommes alors en droit de nous demander si nous sommes intellectuellement équipés pour mener à bien une telle tâche ? Au
