Société

La Boétie et le Blocus

Enseignant, écrivain et critique

Le programme scolaire a ses risques, en particulier celui d’être appliqué. De pancartes brandies en interviews vidéo, des élèves de lycée se demandent : comment ne pas se révolter quand La Boétie et son Discours de la servitude volontaire sont au programme de l’épreuve de français en première ? Bonne question.

Je ne sais pas si c’est que le vent se lève, ou si un vent se lève de cette musique d’autrefois qui persiste encore aujourd’hui.
Antonin Artaud

En ces jours de blocus lycéen, qui diversifie d’un jour à l’autre ses causes et ses relais, il y a une fable dont on aimerait parler, plus incongrue que les autres. De celles qui réunissent des termes comme on réunit l’art et la vie, par surprise.

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Difficile d’imaginer ce qui circule dans la tête d’un·e lycéen·ne qui croirait à cette fable bizarre où s’uniraient ainsi : l’art du Discours de la servitude volontaire (1577) d’Étienne de La Boétie[1], au programme du bac, et la vie comme sa conséquence nécessaire, prolongeant les enjeux de ce lointain essai humaniste. En l’occurrence : le désir d’en finir avec l’habitude de subir (le manque de moyens, l’iniquité profonde qui touche aux conditions d’étude et jusqu’à la langue officiellement exigée), ou encore l’expérience d’une interruption obligeant la « tyrannie » à se montrer telle qu’elle est dès qu’on ne joue plus son jeu en silence : violente, n’ayant plus que la force pour tenir debout, ne l’ayant d’ailleurs jamais vraiment eue, si l’on suit La Boétie, puisqu’elle relève des « peuples insensés » qui soutiennent absurdement la tyrannie – pourraient ne plus le faire. Autrement dit : une certaine tradition présentée comme éternelle semble au bout de sa vie.

Disent les lycéen·ne·s, qui sont au début de la leur, mais ont peut-être le sentiment du contraire, vu leur mal-nommé emploi du temps, d’un temps toujours plus inemployable et épuisant, en particulier dans les banlieues d’où c’est parti : Créteil, Saint-Denis. Il faut un certain courage pour dire son besoin de respirer un peu, et les générations précédentes s’en mordent les doigts, elles qui pour la plupart n’ont pas retenu grand-chose de ces années comblées d’un certain vide. Quant à l’emploi de l’espace… Il faudrait faire autre chose, dire autre chose pour commencer, même si on ne sait pas encore quoi. Une fois,


[1] Les citations qui suivent sont tirées du Discours de la servitude volontaire (adapté par Arnaud Verret), Le livre scolaire, 2025.

[2] Giorgio Agamben, De la très haute pauvreté, Payot, 2011.

Guillaume Gesvret

Enseignant, écrivain et critique, Professeur de lettres en Seine-Saint-Denis, écrivain, critique

Notes

[1] Les citations qui suivent sont tirées du Discours de la servitude volontaire (adapté par Arnaud Verret), Le livre scolaire, 2025.

[2] Giorgio Agamben, De la très haute pauvreté, Payot, 2011.