L’IA, l’ingénierie du vivant et le réel prophétique
L’inquiétude monte au sujet d’intelligences artificielles déjouant tout contrôle, et de leurs concepteurs devenus lanceurs d’alertes de leur propre dangerosité soupçonnée.

L’« information » provoque un effet de souffle médiatique, puis la stratégie probable derrière ces coups de semonce apparaît : nos Cassandre verrouilleraient ainsi le marché de l’IA, et sa rente, par l’appel à une régulation pénalisant les nouveaux entrants. Reste qu’un tel chœur unanime de déclarations apocalyptiques venant des patrons d’une industrie, sans crainte de retombées pénales, interroge. Peu de vendeurs d’armes ou de pesticides chimiques s’épanchent autant sur la menace de leurs produits finis, dont la perte de contrôle ne serait pas moins inquiétante.
La biologie, comme discipline, peut éclairer ce paradoxe apparent, car un lien profond l’unit depuis des décennies aux sciences informatiques, au prix de succès réels mais aussi d’excès constatés, qui constituent des alarmes pour aujourd’hui. La biologie moléculaire, l’étude de l’ADN, l’ARN et les protéines, naît en effet dans les années 1950-60 en adoptant le lexique de la cybernétique alors naissante, fondée en 1948 par l’ingénieur Norbert Wiener, qui décrit notamment, et formalise, les effets des boucles de rétroaction : dans un circuit, les conséquences peuvent avoir un effet retour sur les causes. La nouvelle discipline ambitionne alors de se destiner aussi bien « à l’animal et [à] la machine[1] ». De fait, elle concerne par construction les réseaux électroniques, mais séduit aussi les spécialistes des réseaux génétiques ou neuronaux. C’est le fondement historique de narratifs nourris de codes, de programmes, qu’ils soient informatiques ou génétiques. Dans le second cas, cette métaphore du programme génétique est au mieux une approximation heuristique, mais s’impose tellement qu’elle confine au dogme, dont la déconstruction peine encore à s’imposer. Les ingénieurs du vivant triomphent.
Cette histoire est connue mais la logi
