Parcoursup à l’ère de l’IA
Depuis 2018, Parcoursup est devenu un symbole des tensions contemporaines entre école, technologie et justice sociale. Chaque printemps, plus de 900 000 lycéens français attendent les résultats d’un système qu’ils perçoivent souvent comme une « boîte noire ». Dans les médias, on lit que « l’algorithme de Parcoursup fait peur », qu’il « fonctionne avec l’intelligence artificielle ». La plateforme s’est d’ailleurs accompagnée d’un assistant conversationnel développé sous la supervision du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Direction du numérique pour l’éducation (DNE).

Aujourd’hui encore, aucune des briques techniques du système ne relève de l’intelligence artificielle au sens scientifique du terme : il n’existe ni apprentissage automatique, ni capacité prédictive, ni traitement sémantique autonome. L’algorithme national d’appariement repose sur une adaptation du modèle mathématique de Gale-Shapley qui associe des listes de classement fournies par les formations à des listes de vœux formulées par les candidats.
Son objectif n’est pas de juger les élèves, mais de garantir une correspondance stable entre l’offre et la demande, sous contrainte de capacité. Les algorithmes locaux, élaborés par les établissements, sont des formules de calcul, souvent rudimentaires, permettant de pré-classer les dossiers. Il s’agit souvent d’un simple tableur qui pondère les moyennes de notes ; ailleurs, de scripts plus élaborés appliquant des coefficients ou filtrant des critères.
Dans tous les cas, le jugement reste humain, puisque les coefficients, les critères et les pondérations sont décidés par les commissions. Les outils ministériels de pilotage, enfin, utilisent certes des modèles statistiques pour anticiper les taux de désistement ou les rythmes de remplissage, mais ces traitements agrégés n’interviennent pas dans la décision individuelle d’admission.
La méritocratie numérique
La symbolique de Parcoursup ne tient donc pas à une IA imaginaire, mais à la rationa
