Le troisième espace latent de l’enseignement supérieur
Une charte d’usage n’est pas une théorie. C’est l’aveu qu’on ne sait pas encore ce qui se passe, mais qu’il faut bien faire quelque chose. Elles se multiplient : l’Université de Toulouse publie la sienne (2023), le ministère de l’Enseignement supérieur du Québec produit son cadre de référence (2024-2025), l’UNESCO son référentiel de compétences en IA pour les enseignants (2025).

Toutes partagent une même architecture : préambule sur les défis, liste de principes, préconisations d’usage, et toutes, dans ce format même, révèlent leur limite structurelle. Elles traitent un changement de régime épistémique comme un problème de gouvernance. Ce n’est pas une critique de mauvaise foi ni de mauvaise volonté. C’est un diagnostic sur la forme de la réponse, qui présuppose intact ce qu’elle devrait interroger. Car ce que fait l’IA générative à la connaissance ne laisse pas indemnes les conditions dans lesquelles une charte d’usage peut avoir prise. Elle traverse ces conditions, les défait depuis l’intérieur, y introduit une disproportion que les protocoles ne peuvent pas absorber parce qu’elle est dans la structure même de la connaissance, et non dans ses usages.
Ce texte voudrait proposer non une charte de plus, mais une théorie de ce qui se passe, et depuis cette théorie, une proposition pédagogique. Théorie au sens spéculatif du terme, non la description vérifiable d’un état de fait, mais un pari conceptuel qui construit ses objets en même temps qu’il les décrit, et qui se mesure moins à son adéquation qu’à sa fécondité, à ce qu’il rend pensable et qui ne l’était pas, parce que la technique est aussi dans ce régime excédentaire de réalité. C’est pourquoi la proposition pédagogique qui en découle n’est pas un dispositif clés en main que l’on évaluerait à l’aune de sa faisabilité immédiate, mais l’horizon que cette théorie rend nécessaire et dont elle assume, jusque dans ses conditions politiques, d’avoir à nommer le prix. La proposition s’articule autour d’un conce
