En ligne ou IRL : repenser les engagements juvéniles
Il convient tout d’abord de s’interroger sur le sens même du mot « engagement ». Celui-ci ne constitue pas une notion univoque, a fortiori en contexte scolaire, puisqu’il renvoie aussi bien à l’implication des élèves dans leurs études qu’à leur participation à la vie scolaire en tant qu’élu·es ou à leur investissement dans des associations.

Cette polysémie recouvre donc deux conceptions opposées de l’engagement des jeunes : l’une qui correspond à l’adhésion aux normes de la citoyenneté et l’autre qui vise l’émancipation de la jeunesse.
Les recherches montrent que les mouvements lycéens, et notamment la pratique de la grève, sont aussi anciens que l’institution scolaire elle-même. Loin d’être un phénomène propre à la France, Francis Dupuis-Déri recense plus de 3 000 grèves scolaires dans l’enseignement secondaire à travers le monde depuis la fin du XIXe siècle[1]. Aussi répandue soit-elle, la grève présente des spécificités lorsque les personnes mobilisées ne sont pas des salarié·es, mais des élèves ou des étudiants. En effet, afin de pallier le risque de voir leur mobilisation réduite à une simple absence en cours, les élèves occupent régulièrement leurs établissements depuis 1968, parfois jour et nuit.
En 2005, cette modalité d’action évolue vers le blocage des accès aux établissements. Le recours à ces formes d’action s’explique en partie par la difficulté qu’éprouvent les élèves à se faire entendre des adultes de la communauté éducative. La grève scolaire, telle qu’elle a notamment été pratiquée en 2018 dans le cadre des Fridays for Future, permet ainsi de transformer, symboliquement le rapport de force entre les jeunes et les adultes.
Cependant, l’engagement des jeunes est souvent minoré dans le débat public, on pointe même leur déficit de civisme, notamment à travers les chiffres de l’abstention aux élections. Qu’ils soient lycéen·nes ou étudiant·es, les jeunes sont perçus comme une classe dangereuse, « comme des individus non contrôlables, toujours s
