A Analyse

Société

Carnaval noir contre black faces

Anthropologue

Habituelle soirée à thème du carnaval de Dunkerque, la « Nuit des Noirs », prévue ce week-end, fait l’objet d’attaques de la part d’associations de lutte contre le racisme. Sans chercher à minimiser la polémique, il peut être, au contraire, intéressant de l’approfondir, et de se demander de quel monde – ou quels mondes au pluriel – le carnaval est le lieu, à qui il appartient, et comment chacun s’approprie et transforme cet espace.

Depuis cinquante ans, le carnaval de Dunkerque – qui se tient pendant les trois jours intenses du dimanche, lundi et mardi gras, mais aussi s’étale du 6 janvier au 8 avril en de nombreuses soirées masquées à thème – réserve une soirée spéciale, celle du 10 mars, à la « Nuit des Noirs ». Les caricatures outrancières ont été légitimement dénoncées par le leader du CRAN comme s’inscrivant dans un racisme esclavagiste et colonial, comme on a pu le dire aussi du personnage de Pierre le Noir au carnaval d’Amsterdam mais tout autant, dans différents carnavals européens et latino-américains, des masques et déguisements de « Juifs », de « Tsiganes », de « Maures », de « Turcs », de « Negritos » et autres figures de l’étranger et du sauvage. De son côté, le maire de la ville en appelle à la liberté carnavalesque et au « droit de changer de peau » pendant ce temps à part. Sans chercher à minimiser la polémique, il peut être intéressant au contraire de l’approfondir, et de se demander de quel monde – ou quels mondes au pluriel – le carnaval est le lieu, à qui il appartient, et comment chacun s’approprie et transforme cet espace.

Michel Agier

Anthropologue, Directeur d'études à l'EHESS, Directeur de recherche à l'IRD