A Analyse

Economie

Quand le capitalisme change de direction

Philosophe

Le versement de dividendes exorbitants aux actionnaires est généralement considéré comme un trait distinctif, et particulièrement choquant, du capitalisme financiarisé. Toutefois, certaines firmes particulièrement prédatrices, telles Facebook ou Amazon, dérogent à cette pratique. C’est qu’en réalité l’objectif poursuivi n’est pas la rémunération mais bien l’appréciation du capital. Autrement dit, c’est davantage leur crédit que leurs profits qui préoccupent désormais les entreprises.

Un rapport récemment publié par Oxfam France et le Basic confirme, s’il en était besoin, que la crise financière de 2008 n’a pas modifié les priorités de la gouvernance entrepreneuriale. Aujourd’hui comme hier, les entreprises du CAC 40 distribuent plus de deux tiers de leurs revenus en dividendes. L’importance des sommes consacrées à la rémunération du capital se traduit par une compression de la masse salariale mais aussi par la faiblesse des investissements pourtant requis pour pérenniser la compétitivité des firmes. Que tant de PDG gagent la reconnaissance de leur talent sur leur aptitude à répondre aux exigences de rentabilité immédiate formulées par les actionnaires atteste en outre de l’inefficience économique des politiques dites de l’offre – puisque, pour l’essentiel, le produit des avantages fiscaux et des allègements de cotisations sociales octroyés aux entreprises n’est pas réinvesti par leurs bénéficiaires.

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Pour autant, à trop fixer leur attention sur ...

Michel Feher

Philosophe, Fondateur de Zone Books