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Politique

Aude : apprendre d’une crue

Géographe

Et si, plutôt que de déplorer les inondations dans l’Aude, l’on renouvelait notre appréhension du risque ? Un risque non pas « naturel », mais inhérent à l’aménagement humain du territoire. Un risque contre lequel il est vain de vouloir se prémunir et face auquel il convient plutôt d’adapter notre système spatial.

Les inondations meurtrières de l’Aude de ce début octobre nous ont fait revivre une dramaturgie habituelle : après la catastrophe, les médias multiplient les reportages chocs, les digressions sur la brutalité de la « nature », les responsables politiques affichent précipitamment leur émotion, mettent en scène leur compassion envers les victimes, quelques hommes/femmes d’État organisent un voyage sur place pour assurer la présence et la sollicitude des pouvoirs publics ; on en profite en général pour garantir l’indemnisation rapide des victimes, ce qui ne sera pas toujours le cas, que l’on restaurera sans délais les infrastructures et les équipements, ce qui ne sera pas non plus toujours le cas, qu’on mènera une politique vigoureuse de renforcement de la protection des populations et des biens et de la prévention des risques.

Cette dernière annonce est condamnée à échouer compte tenu de la manière erronée dont on approche le problème. En effet, ce nouvel épisode de crues dévastatrices procède moins de l’aléa naturel...

Michel Lussault

Géographe, Professeur à l’Université de Lyon (École Normale Supérieure de Lyon) et directeur de l’École urbaine de Lyon