A Analyse

Environnement

Repenser le droit à l’heure de l’Anthropocène

Juriste

Au moment où l’humanité devient une force tellurique capable d’influencer l’avenir de la planète, elle semble impuissante à influencer son propre avenir : tel est le « paradoxe de l’Anthropocène ». Face au présent de l’urgence environnementale, rien ne semble changer dans la vision nationaliste et souverainiste qui sous-tend les systèmes de droit conçus et pensés à partir des États. Seulement, pour s’adapter à cette nouvelle ère, une pensée juridique ouverte, en mouvement et moins dogmatique apparait nécessaire.

L’Anthropocène est une nouvelle phase de l’histoire où l’espèce humaine deviendrait une force tellurique capable d’interagir avec les autres forces géophysiques et d’entraîner des conséquences durables pour notre écosystème. [1] Ces interactions ont été mises en lumière dans diverses perspectives scientifiques (géologie, sciences de la terre, géographie, climatologie) mais la prise de conscience est plus tardive dans les sciences humaines et sociales. Elle a commencé à atteindre le droit et la philosophie du droit à travers le droit dit « de l’environnement » et se cristallise plus particulièrement autour du dérèglement climatique, mais elle remonte plus loin.

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Les sociétés sont désormais prises dans un mouvement de « collectivisation humaine » (P. Teilhard de Chardin) dit mondialisation, ou globalisation si l’on se réfère...

Mireille Delmas-Marty

Juriste, Professeure honoraire au Collège de France