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Société

Loi contre le « système prostitutionnel » : l’amer constat d’échec des associations

Politiste et sociologue

La loi du 13 Avril 2016 contre le « système prostitutionnel » visait plusieurs objectifs : favoriser les parcours de sortie de la prostitution, lutter contre la traite des personnes, renverser la charge pénale pour la faire peser sur le client… Trois ans après son entrée en vigueur, le bilan qu’on peut dresser après consultation des associations est sans appel : c’est un échec, et la situation des travailleur.se.s du sexe a empiré.

Au mois d’avril 2018, nous avons co-écrit un rapport sur les impacts de la loi du 13 Avril 2016 contre le « système prostitutionnel ». Ce rapport était basé sur une enquête auprès des travailleur.se.s du sexe en coopération avec onze associations [1], dont des associations communautaires et de prévention de santé qui opèrent dans différentes villes et départements de France. Dans cette enquête nous avons révélé que si, depuis la pénalisation des clients, les travailleur.se.s du sexe continuent malgré tout d’exercer leur activité, leurs conditions de travail se sont fortement dégradées. Les effets de la loi se sont faits ressentir sur leur santé, leurs droits, leur sécurité et leurs conditions de vie en général.

Au cours du mois de mars 2019, afin de poursuivre l’analyse et la documentation des conséquences de la loi d’avril 2016, nous avons réalisé un travail de consultation des associations. Cette nouvelle consultation a inclus, d’une part, les associations du comité de pilotage de l’enquête de 2018, et d’autre part, trois associations hors comité de pilotage et agréées pour les parcours de sortie de prostitution. Elle nous a permis de relever les é...

Hélène Le Bail et Calogero Giametta

Politiste et sociologue, chargée de recherche au CNRS (CERI) et chercheur ERC à Aix-Marseille Université