A Analyse

Santé

Quand la rentabilité économique prétend dire le travail des médecins

Professeur de sociologie

L’introduction de préoccupations économiques au sein des structures hospitalières a profondément transformé leur organisation, imprégnant chacun de ses échelons d’un raisonnement comptable. Les directions financières ont pris l’ascendant dans les instances de décision, imposant leur lecture et leur manière de voir, définissant ainsi l’orientation de l’hôpital. Or, l’exigence de performance, souvent obtenue au détriment des patients, menace l’autonomie professionnelle des praticiens et se heurte à l’éthique médicale.

Depuis de nombreuses années, à propos de la santé, la perspective n’est plus qu’elle n’a pas de prix mais bien qu’elle a un coût et qu’il n’est pas raisonnable de ne pas s’en soucier. La tarification à l’activité (T2A) en est le symbole et surtout le moyen afin de contenir les dépenses de santé et imposer un raisonnement économique à l’organisation du système hospitalier. La raison économique et gestionnaire s’y impose, comme elle le fait dans d’autres secteurs des services publics.

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Ce n’est pas seulement une gestion « en bon père de famille » qui est attendue des hôpitaux, mais une exigence de rentabilité des services par une rationalité croissante des prises en charge des patients et une gestion optimum des séjours et des lits. La fermeture des structures de proximité, souvent implantées dans des communes de taille moyenne, comme les petites maternités par exemple, se fait au nom du critère de rentabilité, puisque leur maintien coûte plus cher en personnel et en équipements que ce qu’elles peuvent rapporter.

Parallèlement, la tendanc...

Olivier Cousin

Professeur de sociologie, Professeur de sociologie à l'Université de Bordeaux