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Médias

Pourquoi avons-nous si peur des fake news ? (2/2)

Sociologue

Les fake news ont alimenté le fantasme d’une société d’internautes, influençables et vulnérables jusque dans leurs décisions de vote. Pourtant, loin d’un éclatement, le marché de l’information demeure structuré et hiérarchisé ; et il convient donc de le protéger face au pouvoir politique, notamment face à des tentatives de « blanchiment » des thèmes de l’ultra-droite.

Le bilan des incertitudes sur la force de l’effet fake news invite à faire un pas en avant, plus abstrait, pour essayer d’interpréter notre obsession pour la manipulation de l’information, telle qu’abordé dans le premier volet de cet article. Le procédé est toujours identique : s’inquiéter d’une information fausse, l’associer à un chiffre important (des centaines de milliers de clics, de vues ou de partages) et s’émouvoir des conséquences que cette diffusion massive exerce sur les esprits faibles.

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Cet effet panique doit être analysé comme une conséquence de l’empire qu’exerce la grille d’interprétation individualisante que nous portons désormais sur tous les phénomènes relatifs à la société numérique. Là plus qu’ailleurs, s’est imposé l’idée d’une société en apesanteur d’individus atomisés ballottés en tous sens par des informations orphelines que le numérique auraient libérées du contrôle édito...

Dominique Cardon

Sociologue, Directeur du Médialab de Sciences Po