A Analyse

Éducation

Faut-il avoir confiance dans l’éducation ?

Sociologue

Malgré le caractère indiscutable de ses principes, le long processus de massification scolaire n’a pas eu que des conséquences heureuses. Si l’ancienne école républicaine pouvait sembler « innocente » face aux inégalités de classes, l’école démocratique s’est constituée en système d’agrégation de « petites inégalités » au long de la scolarité. Le sort des vaincus de la sélection scolaire s’est dégradé et a engendré colères et frustrations, affaiblissant sensiblement la confiance dans les valeurs démocratiques portées par l’école.

La longue période de massification scolaire ouverte au début des années 1960 n’a pas tenu toutes ses promesses. Il importe de comprendre quelques-uns des paradoxes provoqués par les profondes mutations des systèmes scolaires dans les sociétés riches, ouvertes et, encore, plus ou moins démocratiques, car les déceptions engendrées par la massification scolaire affectent les conduites des acteurs, leurs représentations des inégalités et leur confiance en eux et dans les sociétés dans lesquelles ils vivent.

Même si les mutations du capitalisme et celles des États nations expliquent sans doute mieux les crises que nous vivons que les seules transformations de l’école, on doit aussi s’interroger sur le rôle de l’éducation. Interrogation d’autant plus nécessaire qu’elle pourrait élargir la critique et appeler de profondes réformes.

Les postulats de la confiance dans l’éducation

Au cours des cinquante dernières années, le lycée français s’est ouvert à presque tous les é...

François Dubet

Sociologue, directeur d'études à l'ehess, professeur à l'université Bordeaux 2