A Analyse

Société

La fiction et l’effondrement qui vient

Professeur de littérature comparée

Les collapsologues ont le vent en poupe, et les discours sur la fin du monde qui auraient été considérés autrefois comme délirants occupent l’espace public. Pourtant, on sait bien que tout récit de l’avenir est d’abord une fiction, inscrite dans des débats présents, bâtie à partir d’une connaissance du présent et rendant compte d’un point de vue sur le présent. Dès lors, ne vaut-il pas mieux mieux lire des romans ou regarder des films qu’écouter des futurologues ?

Cette année, la notion d’effondrement a opéré une percée remarquable dans les médias. Avec elle s’impose comme une évidence un discours qui semblait, il y a encore quelques années, passablement délirant : celui de la fin prochaine de notre civilisation.

publicité

On peine à trouver des arguments à opposer aux prophètes de la collapsologie : tous semblent faibles et sonnent faux. Mais à chercher si vraiment on n’a plus d’autre perspective d’avenir qu’une catastrophe généralisée, on perd de vue que tout discours sur le futur est fiction. Qu’il se dise prévision, prospective, collapsologie, expérience de pensée ou prophétie, tout récit de l’avenir est d’abord une fiction, inscrite dans des débats présents, bâtie à partir d’une connaissance du présent et rendant compte d’un point de vue sur le présent. Ce qu’on peut découvrir dans un tel récit est moins ce qui nous arrivera demain que ce qu’on éprouve, espère ou craint aujourd’hui.

Tout cela est trivial. Mais on en tire rarement une conclusion pourtant obvie : à tout prendre, mieux vaut u...

Jean-Paul Engélibert

Professeur de littérature comparée