A Analyse

Société

Quel avenir pour le langage sous le règne du discours creux ?

Essayiste

On désigne l’esprit d’un temps par sa langue. Le notre se caractérise par une langue appauvrie à force d’être simplifiée, conséquence de cette croyance naïve selon laquelle simplification rimerait avec meilleure communication. On constate au contraire l’absence de langue commune, remplacée par des langages également pauvres et ne partageant rien entre eux, hermétiques les uns aux autres et donnant expression à des expériences du présent n’ayant rien à voir entre elles.

Dans Au jour le jour, son « journal », l’helléniste Jean Bollack pointait un trait de l’époque : on ne demande à la parole, écrivait-il, que d’être efficace. Le contemporain s’exprime directement plutôt que librement, il vise un but. C’est un langage de la fonctionnalité qui règne, fait de vocables issus des sphères de l’économie et du « management ». La langue commune s’en voit en partie contredite et effacée.

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Dans le même temps – et sans doute les deux phénomènes sont-ils en partie liés –, on constate une brutalisation, un ensauvagement des mots (pour reprendre des termes utilisés récemment par l’historienne Mona Ozouf dans un entretien accordé à la revue Zadig). Cet ensauvagement, qui se traduit notamment par d’inquiétantes résurgences sémantiques, on ne le voit pas seulement à l’œuvre sur les réseaux dits sociaux ou à l’occasion de certaines explosions de colère sociales. On le sait, ce n’est pas là une spécificité française ni même européenne. Signe de l’ampleur de ce phénomène, de son caractère inquiétant, Robert Habeck, l...

Frédéric Joly

Essayiste