A Analyse

Economie

Le management, une modernité nazie

Historien

Après 1945, des dignitaires nazis furent assez bien élevés pour ne plus parler d’extermination des Juifs, de colonisation de l’Est et d’asservissement massif des Slaves, mais ils ne changèrent pas une virgule à leur conception de l’État, des agences et du travail. Pendant que le général SS Werner Best collectionnait les jetons de conseils d’administration et travaillait, comme avocat, à blanchir ses anciens Kameraden lorsqu’ils étaient inquiétés par la Justice, le général SS Reinhard Höhn fondait, à la demande d’une puissante organisation patronale, la première, la plus grande et la plus prestigieuse école de commerce de la RFA.

« Par cette union systématique de la science et de l’application,
l’Occident réalise là où l’Orient demeure en retard »
André Siegfried[1]

 

Le 2 octobre 1941, au moment où il prend officiellement ses fonctions de « Protecteur du Reich » pour la Bohème-Moravie, Reinhard Heydrich, chef de l’Office central de la sécurité du Reich, de la Police de Sécurité et du Service de Renseignement de la SS (Sipo-SD), tient un discours empreint d’inquiétude. Les temps sont exaltants et les succès éclatants, dit-il en substance, au moment où la guerre à l’Est est pratiquement gagnée. L’opération Barbarossa est une réussite gigantesque, une guerre-éclair dans les règles de l’art, après les victoires sans conteste remportées en Pologne, puis à l’Ouest et dans les Balkans. Rien ne peut s’opposer à la puissance des armes allemandes, et aucun obstacle sérieux ne peut entraver l’extension du Reich scandée par les trois temps de la victoire, de la conquête et de la colonisation ou, selon les territoires considérés, l’occupation/vassalisation.

Johann Chapoutot

Historien, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris-Sorbonne