A Analyse

Philosophie

Pourquoi demander pourquoi ?

Philosophe

L’omniprésence du « pourquoi », qui peuple tant nos phrases qu’il en devient presque ponctuation, cache la multiplicité de ses usages comme de ses significations. S’interroger sur le « pourquoi », en faire la grammaire, c’est réaliser le caractère si souvent idolâtre de la réponse première, simple raison envisagée comme cause principielle.

On est cheminot, enseignant, interne. On participe à un dîner quelconque, quelque part, et quelqu’un demande : « mais pourquoi donc fais-tu grève ? » On répond que ce projet que le gouvernement veut nous imposer est injuste, et un autre interlocuteur reprend : « mais pourquoi n’est-il pas juste ? pourquoi ne devrait-on pas avoir un système égal pour tous, comme ils disent ? » Et on parle pénibilité, espérance de vie, équité, etc.

Ce petit mot, « pourquoi ? » ponctue nos discussions – combien de fois par jour l’employons nous ? Loin d’être restreint à la politique, il traverse tous les champs, du plus quotidien – « pourquoi le boulanger est-il fermé aujourd’hui ? » – au plus manifestement métaphysique – « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien », demandait Leibniz – en passant par l’intime – « pourquoi il/elle n’est pas venu ? » Il est la question du savant – « pourquoi le bâton droit plongé dans l’eau m’apparaît-il plié ? » – comme celle des détectives – « pourquoi le majordome a-t-il mis ses gants un dimanche ? »

Parmi toutes les questions qui nous permettent de nous orienter dans le monde et dans nos vies communes – qui ?, quoi ?, combien ? , où ?, quand ? – celle-ci semble n...

Philippe Huneman

Philosophe, Directeur de recherche au CNRS – IHPST