A Analyse

Société

Les liens faibles au secours de la cohésion sociale

Philosophe, Critique Littéraire

Chacun ou chacune d’entre nous se trouve à un peu moins de cinq « liens faibles » de n’importe quel autre individu sur Terre. Ces liens étrangers aux solidarités familiales, professionnelles et amicales immédiates créent des nouvelles solidarités, qu’on voit par exemple à l’œuvre lors de l’occupation d’une place ou d’un rond-point. À L’ère numérique, les liens faibles deviennent une nouvelle source de résistance contre l’individualisme et les forces de désolidarisation. On comprend alors mieux comment les interactions sur les réseaux sociaux, les échanges de basse intensité, sont capables de puissantes mobilisations.

Avec la fin des grandes actions et théories politiques, la relative désuétude des modalités traditionnelles de mobilisation, des actions d’éclat et proclamations, on peut essayer de penser le commun à partir de concepts négligés et de ressources oubliées. Liens faibles : c’est l’expression qui s’impose, à bas bruit – pour reprendre une expression d’un registre proche, depuis quelque temps pour rendre compte à la fois de nouvelles réalités et de la place qu’elles tiennent dans les existences humaines ordinaires. Visages, objets, musiques, personnages, lieux et situations ordinaires mais irremplaçables dans leurs singularités déterminent notre relation aux autres, nos engagements quotidiens comme le flux de nos identités et les inflexions de nos vies – et ce tout autant que les passions de l’âme, les situations figées, les identifications directes et les affects massifs.

L’article désormais classique de Mark Granovetter, « La force des liens faibles » a introduit la notion à partir de la sociologie en 1973 et si le concept semble lui-même évanescent dans son extension, il nous parle pourtant d’un ensemble de phénomènes aussi divers et hétérogènes que des rencontres d’un jour qui s’inscrivent en nous, l’at...

Sandra Laugier

Philosophe, Professeure à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Directrice du Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne

Alexandre Gefen

Critique Littéraire, Directeur de recherche au CNRS - Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle