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Société

Épidémie virale et panique morale : les quartiers populaires au temps du Covid-19

Sociologue, Sociologue

Les quartiers populaires fournissent le gros des troupes face à l’épidémie de Covid-19. Il n’est donc pas interdit d’espérer qu’à la « guerre sanitaire » succédera une bataille politique et sociale, pour que leurs habitants ne soient plus considérés comme une menace, mais voient leurs mérites reconnus et les risques disproportionnés qu’ils encourent enfin pris en compte. N’en déplaise aux spécialistes de la stigmatisation qui ont encore donné de la voix ces derniers jours.

Dans Folk Devils and Moral Panics, le sociologue britannique Stanley Cohen rappelait que « de temps à autre, les sociétés sont en proie à des épisodes de panique morale. Une circonstance, un événement, une personne ou un groupe de personnes sont alors définis comme une menace pour les valeurs et intérêts de la société. Les médias les dépeignent de façon stylisée et stéréotypée ; rédacteurs en chef, autorités religieuses, politiciens et autres personnes bien-pensantes érigent des barrières morales ; des experts patentés formulent leurs diagnostics et solutions ; des réponses nouvelles apparaissent et (plus souvent) des mesures anciennes sont réactivées ; enfin la circonstance ou l’événement se résorbe et disparaît, ou au contraire s’aggrave et gagne en visibilité »[1].

La stigmatisation des habitants des quartiers populaires suspectés de ne pas respecter le confinement entré en vigueur le 17 mars dernier relève assurément de cette définition canonique du phénomène de panique morale. Dès le lendemain, ils étaient pointés du doigt par des médias et sur les réseaux sociaux, submergés par un flot d’indignation vi...

Renaud Epstein

Sociologue, maître de conférence en science politique à Sciences Po Saint Germain en Laye

Thomas Kirszbaum

Sociologue, chercheur associé à l'Institut des Sciences sociales du Politique