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Politique

Le congrès de Tours, une « épuration » qui a durablement marqué la gauche française

Politiste

En décembre 1920, il y a exactement cent ans, se tenait le congrès de Tours, tournant historique dans l’histoire de la gauche française qui a vu l’intransigeance l’emporter sur le réformisme révolutionnaire. Sous l’influence de l’Internationale Communiste, le congrès s’inscrit en effet dans la stratégie d’« épuration » prônée par Lénine et décide l’exclusion des réformistes « sociaux-traîtres », selon l’idée qu’il valait mieux un petit nombre de militants soudés dans l’« unité de la volonté », qu’un parti divisé en tendances concurrentes.

Les dirigeants bolchéviques, après avoir vaincu le gros des forces armées des Blancs et s’être lancés dans l’invasion de la Pologne, organisèrent du 17 juillet au 7 août 1920 le IIe congrès de l’Internationale communiste (IC) dans un esprit offensif. En tête Lénine, qui avait exigé une nouvelle Internationale dès août 1914. La stratégie de l’IC, supervisée par lui et présidée par un de ses proches, Zinoviev, était de soutenir de nouveaux partis qui lutteraient pour la révolution communiste et de scinder les anciens partis socialistes qualifiés de « social-chauvins » en raison de leur attitude face à la guerre. L’IC voulait des partis bolchévisés regroupés dans une organisation qui imiterait elle-même le parti bolchévique russe et dirigée par ce parti.

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Lénine rédigea dans cet esprit les conditions impératives d’adhésion à l’IC[1], qui, assez peu modifiées, furent adoptées au IIe congrès et furent au nombre de vingt-et-une. Le...

Dominique Colas

Politiste, Professeur à Sciences Po