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Occupation du Capitole, la face obscure de l’Amérique révélée

Écrivain

Face aux images des supporters de Donald Trump envahissant le Capitole, Joe Biden a longuement insisté : ceci n’est pas le vrai visage de l’Amérique. Mais si ces images se sont propagées si rapidement, n’est-ce pas au contraire parce qu’elles révélaient la face cachée de la vieille démocratie ? La preuve est faite, le phénomène Trump n’est pas l’histoire d’un fou qui se serait emparé du pouvoir par surprise, il dit la vérité de l’époque, l’entrée dans une ère politique inconnue où le grotesque, les bouffons, le carnaval vont subvertir et disputer le pouvoir.

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« Vous avez tous vu ce que j’ai vu », a déclaré Joe Biden après l’occupation du Capitole le 6 janvier par des émeutiers trumpistes, «  les scènes de chaos au Capitole ne reflètent pas la véritable Amérique, ne représente pas qui nous sommes ».

Avons nous vu la même chose que Joe Biden dans les images de l’occupation du Capitole par des groupes d’émeutiers pro-Trump ? Rien n’est moins sûr. Car ces images sidérantes, images délirantes où le burlesque croisait le tragique et la vulgarité mimait l’historique, représentaient bien une certaine Amérique à laquelle le nouveau président élu va très vite se confronter. Si elles se sont répandues aussi vite sur les réseaux sociaux, ce n’est pas parce qu’elles ne ressemblaient pas à l’Amérique mais bien au contraire parce qu’elles en révélaient la face cachée.

Ces images portaient atteinte non seulement à la loi et aux usages démocratiques, elles profanaient un certain ordre symbolique, l’image que l’Amérique a d’elle même, un imaginaire démocratique sans cesse retravaillé. Elles en profanaient les rites et les habitus dans une scène de carnaval endiablé, burlesque mené par des clowns aux déguisements d’animaux. Et l’impact de ces images était tout aussi destructeur qu’une tentative avortée de coup d’État, il jetait le discrédit sur des institutions et des procédures séculaires, celles qui président à la transition démocratique, qui légitiment le crédit des élections, les processus de vérification et de recomptage, la certification du candidat élu.

Cette profanation symbolique est au cœur de la stratégie trumpiste.

Avec Trump il ne s’agit plus de gouverner à l’intérieur du cadre démocratique, selon ses lois, ses normes, ses rituels, mais de spéculer à la baisse sur son discrédit. Son pari paradoxal consiste à asseoir la crédibilité de son « discours » sur le discrédit du « système », à spéculer à la baisse sur le discrédit général et à en aggraver les effets. Depuis son élection, Trump n’a pas cessé d’être en campagn


Christian Salmon

Écrivain, Chercheur au Centre de Recherches sur les Arts et le Langage

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