Société

« On veut un parcours sûr, pas un Parcoursup ! »

chercheuse en sciences de l'éducation, chercheur en sciences de l'éducation

Jamais le « No future » des punks ne semble avoir autant résonné dans un mouvement de jeunesse que dans celui des lycéen·nes de 2026. Outre les slogans qui témoignent d’une forte inquiétude face à l’avenir, le mouvement se caractérise surtout par une réelle volonté de ne pas abandonner cet avenir à des politiques inconséquentes.

Bien qu’en France, comme en Europe, la « fin des grands récits » ait sonné, cette sorte de mythe qui se caractérisait par l’idée d’émancipation et de futur à faire advenir[1] n’en reste pas moins au cœur des revendications, parmi lesquelles l’orientation tient une place importante, Parcoursup en tête.

publicité

Si cette « effervescence collective » semble tenir lieu d’explosion cathartique, c’est précisément parce qu’elle rend compte de la société de l’incertitude[2], dont Parcoursup est devenu le symbole pour toute une génération soumise à la régulation des flux vers et dans l’enseignement supérieur, laquelle est organisée à travers des plateformes.

« On a un avenir à construire, pas à subir ! »

Depuis 60 ans, les modalités d’accès à l’enseignement supérieur se sont transformées sous l’effet des évolutions démographiques, de la relation entre formations et emplois, mais également de réformes modifiant tour à tour différents paramètres (développement du baccalauréat professionnel, création de nouveaux outils de gestion des procédures d’affectation, instauration des capacités d’accueil, etc.).

Ces réformes ont contribué à dessiner trois vagues de massification de l’enseignement supérieur, tout en participant d’une démocratisation ségrégative de l’accès à l’enseignement supérieur. L’accélération des réformes entre la deuxième moitié de la décennie 2010 et la deuxième moitié de la décennie 2020, durant laquelle les places augmentent moins vite que la population étudiante, s’est accompagnée d’un renforcement de la sélection à chacun des paliers[3], muant toujours plus la régulation des flux en véritable tri social.

« Désolé du dérangement, on veut sauver notre avenir »

Certes, les politiques volontaristes de ces 60 dernières années ont mené 80 % d’une génération au baccalauréat et près de deux tiers dans l’enseignement supérieur, mais cette démocratisation quantitative tend à cacher deux effets importants : la ségrégation socio-scolaire qui n’est que la conséquence d’un


[1] Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Minuit, 1979. – Claire Pagès, « La fin des grands récits d’émancipation. Lyotard et l’aliénation », Lyotard et l’aliénation (dir. Claire Pagès), Presses Universitaires de France, 2011.

[2] Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Presses universitaires de France, 1968. – Eguzki Urteaga, La Société de l’incertitude, L’Harmattan, 2011.

[3] Mathieu Rossignol-Brunet, Leïla Frouillou, Marie-Paule Couto et Fanny Bugeja-Bloch, « Ce que masquent les « nouveaux publics étudiants » : les enjeux de la troisième massification de l’enseignement supérieur français », Lien social et Politiques, n°89, 2022. – Pierre Merle, La Démocratisation scolaire, La Découverte, 2002. – Fanette Merlin, Mathieu Rossignol-Brunet et Nadine Théophile, « Accélération des réformes (2015-2025) : vers une segmentation accrue des publics étudiants », Éducation & formations, n°109, 2026.

[4] Marie Duru-Bellat, L’inflation scolaire, Le Seuil, 2006. – Tristan Poullaouec, « L’inflation des diplômes. Critique d’une métaphore monétaire », La société des diplômes (dir. Mathias Millet et Gilles Moreau), La Dispute, 2011, p. 37-49.

[5] Aziz Jellab, « L’orientation scolaire en France ou de la distillation fractionnée Des inégalités modulées par l’organisation du système éducatif et par des effets de contexte », Administration & Éducation, 171(3), 2021. – François  Dubet, « Egalité des places, égalité des chances », Études, n°414(1), 2011, p. 40.

[6] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, Éditions de Minuit, 1970. – Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Éditions de Minuit, 19080.

[7] Erwan Lehoux, « Une analyse des dynamiques d’établissement. Le cas de l’accompagnement à l’orientation au lycée », Éducation et Sociétés, n°54(2), 2025. – Alexie Geers, Florence Legendre et Samuel Pinto, « Opacités et implicites : ce que Parcoursup fait au groupe professionnel des enseignant·es

Esther Geuring

chercheuse en sciences de l'éducation, ingénieure de recherche à l'Université Rennes 2

James Masy

chercheur en sciences de l'éducation, maître de conférences à l'université rennes 2

Notes

[1] Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Minuit, 1979. – Claire Pagès, « La fin des grands récits d’émancipation. Lyotard et l’aliénation », Lyotard et l’aliénation (dir. Claire Pagès), Presses Universitaires de France, 2011.

[2] Émile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Presses universitaires de France, 1968. – Eguzki Urteaga, La Société de l’incertitude, L’Harmattan, 2011.

[3] Mathieu Rossignol-Brunet, Leïla Frouillou, Marie-Paule Couto et Fanny Bugeja-Bloch, « Ce que masquent les « nouveaux publics étudiants » : les enjeux de la troisième massification de l’enseignement supérieur français », Lien social et Politiques, n°89, 2022. – Pierre Merle, La Démocratisation scolaire, La Découverte, 2002. – Fanette Merlin, Mathieu Rossignol-Brunet et Nadine Théophile, « Accélération des réformes (2015-2025) : vers une segmentation accrue des publics étudiants », Éducation & formations, n°109, 2026.

[4] Marie Duru-Bellat, L’inflation scolaire, Le Seuil, 2006. – Tristan Poullaouec, « L’inflation des diplômes. Critique d’une métaphore monétaire », La société des diplômes (dir. Mathias Millet et Gilles Moreau), La Dispute, 2011, p. 37-49.

[5] Aziz Jellab, « L’orientation scolaire en France ou de la distillation fractionnée Des inégalités modulées par l’organisation du système éducatif et par des effets de contexte », Administration & Éducation, 171(3), 2021. – François  Dubet, « Egalité des places, égalité des chances », Études, n°414(1), 2011, p. 40.

[6] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, Éditions de Minuit, 1970. – Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Éditions de Minuit, 19080.

[7] Erwan Lehoux, « Une analyse des dynamiques d’établissement. Le cas de l’accompagnement à l’orientation au lycée », Éducation et Sociétés, n°54(2), 2025. – Alexie Geers, Florence Legendre et Samuel Pinto, « Opacités et implicites : ce que Parcoursup fait au groupe professionnel des enseignant·es