C Critique

Cinéma

« Black Panther » ou le retournement du signe africain

Historien

Comment interpréter cette apparition de l’Afrique dans la conscience techno-cinématographique de notre temps ? Pourquoi maintenant et pourquoi sous cette forme ? Qu’est-ce qui explique que des foules en Afrique, aux États-Unis, au Brésil et ailleurs soient prises dans un tel engouement pour ce qui, après tout, n’est qu’un film ?

En Afrique et aux États-Unis comme partout ailleurs, il faudra plus qu’un film pour changer la roue de l’histoire. Raison pour laquelle il faut le rappeler, Black Panther est d’abord une œuvre fictionnelle. D’autres diraient un produit commercial, et ils n’ont pas tort. Ceci dit, l’humanité ne vit pas que de pain. Elle vit aussi de petits et de grands mythes. L’incompressible demande de contes, fables et récits demeure l’un des mystères de l’existence humaine, peut-être le seul qui, en dernière instance, explique les origines de la parole. Aujourd’hui comme hier, ce besoin de contes et de fables, d’allégories et de métaphores demeure un aspect structurant de notre condition humaine aussi vital que le besoin d’eau, de nourriture et de respiration.

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Au demeurant, une part de plus en plus croissante de l’économie contemporaine a pour objet l’int...

Achille Mbembe

Historien, Enseigne l'histoire et les sciences politiques à l'université du Witwatersrand (Afrique du Sud) et à l’université de Duke (Etats-Unis)